Accompagnement personnalisé, ergothérapie préventive et caractéristiques environnementales les plus conviviales pour les aînés : trois approches clés pour revisiter la participation sociale des aînés

Présentations

Accompagnement personnalisé et participation sociale

Améliorer la participation sociale d’aînés ayant des incapacités grâce à un accompagnement personnalisé : défis, facilitants et adaptations réalisées par cinq organismes communautaires en milieu urbain
Mélanie Levasseur, Thierry Durand et Joanie Lacasse-Bédard

Accompagnement personnalisé bénévole pour améliorer la participation sociale des aînés avec une atteinte visuelle
Caroline Pigeon, Judith Renaud, Julie Cournoyer, Emmanuelle Bombardier et Mélanie Levasseur

Une ‘Communauté bienveillante’ pour améliorer la participation sociale d’aînés d’un milieu rural : d’un réseau d’éclaireurs à l’accompagnement personnalisé
Mélanie Levasseur et Patrick Lajeunesse

Évaluation des effets de l’Accompagnement-citoyen personnalisé d’intégration communautaire (APIC) sur la santé et la participation sociale des aînés : un essai clinique à répartition aléatoire
Janie Gobeil et Mélanie Levasseur

L’accompagnement personnalisé pour l’intégration communautaire des aînés vivant avec un problème de santé mentale : obstacles et facilitateurs selon les personnes-ressources
Ginette Aubin et Pierre-Yves Therriault

Accompagnement-citoyen personnalisé d’intégration communautaire offert par des bénévoles d’un organisme communautaire rural : fidélité et enjeux de l’implantation
Julie Lacerte, Véronique Provencher et Mélanie Levasseur

Ergothérapie et participation sociale

Exploration de la participation sociale des aînés ayant une problématique de santé mentale
Geneviève Tremblay et Ginette Aubin

Agir comme pairs éducateurs en promotion de la santé : un rôle signifiant pour la participation sociale des aînés
Claudé Vérité-Aubry, Johanne Filiatrault, Agathe Lorthios-Guilledroit, Manon Parisien et Mélanie Levasseur

Préimplantation du Lifestyle Redesign® : les déterminants d’une implantation réussie selon les ergothérapeutes
Marie-Hélène Lévesque

Repenser l’ergothérapie avec la recherche participative et la pensée design
Pier-Luc Turcotte, Steeven Pedneault, Annie Carrier et Mélanie Levasseur

Profil de pratiques des ergothérapeutes du Québec auprès d’aînés : vers des interventions davantage axées sur la participation sociale?
Janie Gobeil et Mélanie Levasseur

Dénoncer l'injustice occupationnelle : nouveau regard sur les barrières à la participation sociale
Valérie Lemieux

Résumé

Mélanie Levasseur, Centre de recherche sur le vieillissement (CdRV) du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et Université de Sherbrooke (UdeS); Catherine Maisonneuve, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS; Marie-France Dubois, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS; Johanne Filiatrault, Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et Université de Montréal; Helen-Maria Vasiliadis, UdeS; Julie Lacerte, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS; Marie-Hélène Lévesque, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS; Janie Gobeil, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS; Pier-Luc Turcotte, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS; Ginette Aubin,Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR); Caroline Pigeon, CdRV du CIUSSS de l’Estrie – CHUS et UdeS

La participation sociale, c’est-à-dire l’implication d’un individu dans les activités qui lui procurent des interactions avec les autres dans la communauté (Levasseur et al., 2010), est un déterminant clé d’un vieillissement actif et en santé. À ce jour, briser l’isolement des aînés et favoriser leur participation sociale demeurent pourtant des enjeux majeurs. En effet, les interventions associées à la participation sociale demeurent peu nombreuses et discontinues. Afin de promouvoir la santé et la participation sociale des aînés, il est essentiel d’intervenir à travers un continuum d’interventions, tant à l’échelle des individus, de groupes ou de la collectivité (Levasseur, 2016). Pour y parvenir, le programme de recherche de notre équipe propose l’évaluation et l’intégration de trois types d’interventions : 1) l’Accompagnement-citoyen personnalisé d’intégration communautaire (APIC), 2) l’adaptation québécoise du Lifestyle Redesign® et 3) les caractéristiques environnementales les plus conviviales pour les aînés.

L’APIC vise à favoriser la réalisation d’activités sociales et de loisir signifiantes pour l’aîné ainsi que la reprise de son pouvoir d’agir (CAB MRC Coaticook, 2017). Sur une période de 6 à 12 mois, cette intervention individuelle consiste en une rencontre hebdomadaire entre un accompagnateur et un aîné ayant des incapacités. L’accompagnateur aide l’aîné à surmonter les obstacles identifiés afin d’accomplir des activités qui lui tiennent à cœur. L’APIC, tel que mis en œuvre par des accompagnateurs ayant reçu une formation, supervisés et rémunérés par des fonds de recherche, est faisable et peut accroître la mobilité, la participation sociale et les loisirs pour les aînés en perte d’autonomie (Levasseur et al, 2016) ou ayant des troubles de santé mentale (Aubin et Therriault, 2018). Les organismes communautaires peuvent soutenir l’implantation de l’APIC (Aubin, 2018), notamment en faisant appel à des bénévoles, et ce, même en milieu rural (Lacerte, Provencher et Levasseur, 2017). Deux études sur l’APIC sont aussi présentement en cours, une auprès d’aînés avec une atteinte visuelle réalisée dans un centre de réadaptation (Pigeon, Renaud et Levasseur, 2018) et une auprès d’aînés en perte d’autonomie dans deux régions métropolitaines et une région urbaine du Québec (Levasseur et al., 2018). Cette dernière étude permettra d’évaluer l’impact économique (rapport coût-efficacité) de l’APIC et ses effets sur la santé et la participation sociale des aînés, incluant l’utilisation des services de santé et d’aide à domicile.

Le Lifestyle Redesign® est une intervention d’ergothérapie préventive qui encourage le développement de routines saines et signifiantes ainsi que l’optimisation de la participation sociale des aînés par l’exploration, la reprise, l’intégration et le maintien d’activités signifiantes pour eux dans leur quotidien (Levasseur et al., 2017a, Turcotte et al., 2018a). D’une durée de 6 à 9 mois, cette intervention comprend à la fois des séances de groupe hebdomadaires et des rencontres individuelles mensuelles. Puisque les pratiques actuelles sont principalement orientées vers l’optimisation de la sécurité à domicile et la réalisation d’activités quotidiennes (Gobeil et Levasseur, 2018; Turcotte et al., 2015), cette intervention demeure peu utilisée en ergothérapie (Turcotte et al., 2018b). Les résultats de nos travaux antérieurs soutiennent l’importance de poursuivre l’évaluation de l’impact économique (rapport coût-efficacité; Lévesque et Levasseur, 2018) et des effets de cette intervention récemment traduite et adaptée en contexte québécois (Levasseur et al., 2017a). Cette évaluation fera d’ailleurs l’objet d’un premier essai clinique à répartition aléatoire réalisé en contexte clinique québécois.

Un environnement convivial pour les aînés, tel que préconisé par l’Organisation mondiale de la Santé avec les communautés amies des aînés, encourage le vieillissement actif en optimisant la santé, la participation et la sécurité. En effet, les collectivités conviviales comportent des structures et des services accessibles et inclusifs pour les aînés ayant différents besoins et capacités, incluant le fait de vivre en milieu rural (Clément et al., 2018). Une étude actuellement en cours vise à mieux comprendre comment les caractéristiques environnementales conviviales pour les aînés favorisent la santé positive, la participation sociale et l’équité en santé des canadiens vieillissants (Levasseur et al., 2017b). Cette compréhension permettra de mettre en lumière les composantes des municipalités ou des communautés les plus conviviales pour favoriser un vieillissement actif des aînés et, par exemple, d’identifier à quels endroits il serait le plus approprié d’implanter l’APIC ou le Lifestyle Redesign®.

S’appuyant sur trois approches clés pour revisiter la participation sociale des aînés, ce programme de recherche vise à optimiser la santé et le bien-être des aînés en valorisant les ressources en place dans les collectivités, une avenue prometteuse pour réduire les coûts liés à l’utilisation des soins et des services de santé par les aînés. Ainsi, le continuum d’interventions composé de l’APIC, de l’adaptation québécoise du Lifestyle Redesign® et des caractéristiques environnementales les plus conviviales pour les aînés pourrait contribuer à assurer un vieillissement actif et en santé pour les aînés.

Références à consulter

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Melanie.Levasseur@USherbrooke.ca

 

Accompagnement personnalisé et participation sociale

Résumé des présentations

Améliorer la participation sociale d’aînés ayant des incapacités grâce à un accompagnement personnalisé : Défis, facilitants et adaptations réalisées par cinq organismes communautaires en milieu urbain

Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Thierry Durand, Centre d'action bénévole Bellechasse – Lévis – Lotbinière; Joanie Lacasse-Bédard, CdRV

En présence d’une perte d’autonomie, les aînés rencontrent plusieurs défis à leur participation sociale et peuvent être à risque de situations d'isolement. Afin de réduire ces défis et ces risques, l’APIC offre aux aînés un suivi individuel hebdomadaire réalisé par un accompagnateur-bénévole formé et supervisé. Lors de ce suivi personnalisé, l'accompagnateur soutient la personne à surmonter les défis à l’accomplissement d’activités importantes pour l’aîné et lui procurant des interactions avec les autres dans la communauté. Réalisé en recherche, puis implanté en milieu rural, des effets positifs sur la santé et la participation sociale ont été observés auprès d’aînés québécois. Un essai contrôlé multicentrique à répartition aléatoire est actuellement en cours pour vérifier les effets à court et à long terme de l’APIC sur la santé, la participation sociale et la satisfaction envers la vie d’aînés. En collaboration avec les CISSS/CIUSSS, l’APIC est offert par cinq organismes communautaires en milieu urbain et vise à rejoindre près de 400 aînés à travers le Québec.

La présente communication mettra en évidence les défis, les facilitants et les adaptations réalisées par les organismes communautaires, tant au niveau du recrutement des aînés et bénévoles et de l’encadrement des accompagnements que des stratégies pour favoriser la collaboration avec les établissements de santé. Cette présentation considérera aussi que l’APIC est offert dans le cadre d’un essai contrôlé, notamment en lien avec le financement, l’assignation potentielle au groupe contrôle et la taille requise de l’échantillon. Le partage de ces constats et des stratégies utilisées pour surmonter les défis permettra d’identifier des conditions-clés, par exemple l’engagement exceptionnel des organismes communautaires, qui favorisent l’implantation optimale de l’APIC, une intervention prometteuse pour favoriser la participation sociale des aînés.


Accompagnement personnalisé bénévole pour améliorer la participation sociale des aînés avec une atteinte visuelle 

Caroline Pigeon, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Judith Renaud, Université de Montréal; Julie Cournoyer, Centre de Réadaptation de l'Estrie du CIUSSS de l'Estrie – CHUS; Emmanuelle Bombardier, Centre de Réadaptation de l'Estrie du CIUSSS de l'Estrie – CHUS; Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

La présence d’une atteinte visuelle amplifie les défis de participation sociale auxquels les aînés sont confrontés (Pigeon, Renaud et Levasseur, 2018a). Or, les besoins en termes de participation sociale et de loisirs des aînés ayant une atteinte visuelle sont peu priorisés et comblés. L’APIC consiste en des rencontres hebdomadaires entre un accompagnateur bénévole formé et supervisé et une personne en situation d’isolement pour une durée de 6 à 12 mois. Cet accompagnement a pour objectif de favoriser la réalisation d’activités sociales et de loisir signifiantes, et de développer l’autonomisation de l’aîné afin que son engagement dans ses activités se poursuive même après la fin de l’accompagnement. Lors d’études antérieures, l’APIC a permis d’améliorer la participation sociale de personnes avec traumatisme crânien (Lefebvre et al., 2013) et d’aînés en perte d’autonomie dans le cadre de la recherche (Levasseur et al., 2016) et en milieu communautaire. Néanmoins, puisque l’APIC n’était pas adapté aux personnes ayant une atteinte visuelle, ni implanté dans le réseau de la santé, un projet de recherche est en cours afin d’adapter l’APIC aux aînés ayant une atteinte visuelle, de l’implanter dans un centre de réadaptation et d’explorer ses effets.

L’objectif de cette présentation était de permettre aux acteurs du milieu clinique et de la recherche de témoigner de leur expérience de l’APIC adapté et implanté dans le Centre de Réadaptation de l'Estrie du CIUSSS de l'Estrie – CHUS (pour la méthodologie et des résultats préliminaires de l’étude, voir Pigeon, Renaud et Levasseur, 2018b).

Un premier défi a été le recrutement des aînés et des bénévoles. En effet, les participants ont été recrutés principalement au sein du centre de réadaptation, et la multiplication des stratégies de recrutement – par exemple auprès d’organismes communautaires ou en diffusant des annonces sur des panneaux d’affichage – n’a pas permis d’atteindre les cibles de recrutement. En plus de l’engagement requis pour participer au projet, d’autres raisons telles que le fait de considérer la participation sociale et les loisirs comme étant peu importants ou de se sentir trop âgés ont été invoquées par des aînés n’ayant pas souhaité bénéficier de l’APIC.

La réalisation de l’intervention a également mis en évidence l’importance d’un jumelage réussi, afin que chacun, aîné comme bénévole, puisse s’investir dans une relation signifiante. Il semble en effet nécessaire de cerner au mieux les motifs des bénévoles à s’impliquer dans l’APIC, qui peuvent être, par exemple, un souci de perfectionnement professionnel, un désir de socialisation ou encore un besoin de reconnaissance. La personnalité des aînés, leur ouverture à mettre en place de nouvelles habitudes et sortir davantage à l’extérieur, et leur contexte familial (notamment les situations de surprotection qui peuvent être un frein à l’autonomisation des aînés) sont aussi des éléments à considérer lors de leur recrutement et lors du jumelage.

Un jumelage adéquat, ainsi que la supervision des bénévoles – qui leur apporte le soutien des professionnels du centre de réadaptation et favorise un sentiment d’appartenance au travers de rencontres mensuelles collectives – semblent être indispensables au maintien de leur engagement tout au long de l’intervention.

Ainsi, cet engagement bénévole permet de bonifier le cheminement des aînés dans l’amélioration de leur participation sociale au sein du réseau de la santé et des services sociaux. En effet, les aînés accompagnés ont pu reprendre des objectifs de vie ou en redéfinir de nouveaux, pratiquer des activités de participation sociale et de loisir délaissées ou nouvelles, et acquérir ou maintenir des capacités.

L’APIC a également apporté au centre de réadaptation une nouvelle approche pour la formation, le soutien et la coordination des bénévoles, ayant permis une plus grande implication bénévole. Par exemple, durant l’APIC, le nombre d’heures de bénévolat auparavant offert aux usagers en déficience visuelle au centre de réadaptation a été plus que doublé.

Ainsi, le partage des leçons tirées de ce projet de recherche devrait permettre de contribuer à une optimisation de l’APIC et favoriser l’implantation de cette intervention prometteuse dans différents milieux.

Références à consulter

  • Lefebvre, H., Levert, M.-J., Le Dorze, G., Croteau, C., Gélinas, I., Therriault, P.-Y., Michallet, B. et Samuelson, J. (2013). Un accompagnement citoyen personnalisé en soutien à l’intégration communautaire des personnes ayant subi un traumatisme craniocérébral: vers la résilience? Recherche En Soins Infirmiers, 115(4), 107–123.
     
  • Levasseur, M., Lefebvre, H., Levert, M.-J., Lacasse-Bédard, J., Desrosiers, J., Therriault, P.-Y., Tourigny, A., Couturier, Y. et Carbonneau, H. (2016). Personalized citizen assistance for social participation (APIC): a promising intervention for increasing mobility, accomplishment of social activities and frequency of leisure activities in older adults having disabilities. Archives of Gerontology and Geriatrics, 64, 96-102.
     
  • Pigeon, C., Renaud, J. et Levasseur, M. (2018a). La participation sociale des aînés avec une atteinte visuelle : enjeux et possibilités. Vie et vieillissement, 15(3), 11-16.
     
  • Pigeon, C., Renaud, J. et Levasseur, M. (2018b, juillet). Improve integration of visually impaired older adults with the support of community volunteers. Affiche présentée au 12th International Society of Physical & Rehabilitation Medecine World Congress, Paris, France.
     
  • Reportage sur le projet : https://www.amitele.ca/category/ca-me-regarde-affaires/media/le-programme-apic

Pour plus d'informations, contactez

Caroline.Pigeon@USherbrooke.ca


Une ‘Communauté bienveillante’ pour améliorer la participation sociale d’aînés d’un milieu rural : d’un réseau d’éclaireurs à l’accompagnement personnalisé

Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Patrick Lajeunesse, Centre d'action bénévole de la MRC de Coaticook

Afin de promouvoir leur maintien à domicile et leur santé, la participation sociale des aînés est importante. Malgré leurs effets reconnus, les interventions visant à favoriser la participation sociale offertes aux aînés sont rares et discontinues et peu adaptées à leurs besoins, surtout en milieu rural. La Municipalité régionale de comté (MRC) de Coaticook se compose de 3 200 aînés, dont environ 2 000 sont isolés ou vulnérables. Préoccupés par la problématique de l’isolement des aînés sur leur territoire, des acteurs de la MRC ont collaboré avec la professeure Mélanie Levasseur pour favoriser la participation sociale des aînés. Issue d’une concertation et d’une collaboration exceptionnelles, une recherche-action a permis : 1) d’identifier les besoins, facilitateurs et les obstacles à la participation sociale des aînés; 2) de prioriser les besoins recensés; 3) de cibler des initiatives susceptibles d’améliorer la participation sociale. Au total, de janvier 2015 à mars 2016, 19 groupes de discussion, deux entretiens individuels et 21 forums d’informateurs ont rejoint aînés, proches, intervenants et gestionnaires de la MRC (n=166). Grâce à cette démarche, les participants ont identifié trois besoins jugés prioritaires : 1) être informés sur les activités et les services offerts aux aînés; 2) être accompagnés d’une personne pour s’initier ou réaliser une activité et 3) avoir des activités adaptées à leurs besoins (Levasseur, Routhier, Clapperton, Doré & Gallagher, 2018). La ‘Communauté bienveillante pour les aînés’ a été sélectionnée en réponse à ces besoins (Clément et al., 2018) et est, encore à ce jour, active dans cette région.

Qu’est-ce qu’une ‘Communauté bienveillante’ pour les aînés?

La ‘Communauté bienveillante’ résulte principalement de la combinaison de deux composantes distinctes et complémentaires sélectionnées par les acteurs du milieu, soit le Réseau d’éclaireurs et de veilleurs pour les aînés (RÉVA) et l’Accompagnement-citoyen personnalisé d’intégration communautaire (APIC) (Levasseur et al., 2016; Levasseur, 2018a). L’initiative RÉVA a été initialement développée au Centre de santé et de services sociaux des Deux-Montagnes [actuellement Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides (CISSS)] et visait le repérage d’aînés en perte d’autonomie et la réalisation de visites amicales. Les éclaireurs formés dans le cadre de la recherche provenaient de différents milieux (ex. : commerces, organismes communautaires) et avaient pour mandat de repérer et de référer des aînés isolés ou en situation de vulnérabilité, des proches aidants d’aînés et des bénévoles-accompagnateurs potentiels de l’APIC à un travailleur de milieu rattaché au Centre d’action bénévole (CAB). Le rôle du travailleur de milieu est d’accompagner les aînés et les proches aidants référés vers des ressources répondant à leurs besoins et d’initier les personnes intéressées au rôle de bénévoles-accompagnateurs de l’APIC. L’APIC vise à motiver la personne aînée à identifier des buts signifiants, de façon à l’aider à réaliser ses activités sociales et de loisirs et à développer ses compétences, son autonomie et sa participation sociale. L’accompagnement est centré sur des buts qui tiennent compte des intérêts, des besoins, des expériences et du contexte de vie de la personne (ex. : perte d’autonomie). Cet accompagnement personnalisé d’environ trois heures par semaine est réalisé par un citoyen-membre de la communauté spécialement formé et supervisé par le travailleur de milieu et un intervenant du CIUSSS. Il a été montré que l’APIC permet d’augmenter la mobilité des aînés, leur participation sociale et la fréquence de réalisation de leurs loisirs. Cette intervention favorise également la reprise, le maintien, l’exploration et l’expérimentation d’activités sociales signifiantes, tout en augmentant le bien-être psychologique et physique des aînés, leur autonomisation, leur connectivité avec autrui, leur estime de soi et leur motivation à participer socialement (Levasseur et al., 2016).

Quels sont les principaux facilitants et défis de la ‘Communauté bienveillante’?

Le développement et l’implantation de la ‘Communauté bienveillante’ ont été facilités par la cohérence entre ses objectifs et ceux poursuivis par le travailleur de milieu et la mission du CAB (Levasseur et al., 2018b). L’étendue et la qualité des partenariats, se traduisant notamment par les expériences de collaboration antérieures des membres de la Table de concertation des aînés, ont également largement facilité ce processus. L’implication du travailleur de milieu, augmentée de son leadership, a constitué un avantage indéniable dans sa promotion auprès des partenaires ainsi que pour le développement et l’implantation de la ‘Communauté bienveillante’ (Levasseur et al., 2018b). En contrepartie, la charge de travail supplémentaire a aussi amené des défis dans la gestion de plusieurs mandats pour le travailleur de milieu. La difficulté de recruter des bénévoles accompagnateurs a par ailleurs constitué un défi notable pour l’implantation de la composante APIC.

Quels sont les vases communicants entre la ‘Communauté bienveillante’ et d’autres initiatives mises en place dans la MRC de Coaticook?

La ‘Communauté bienveillante’ vise à rejoindre les aînés isolés et vulnérables pour les diriger vers les ressources adéquates et à favoriser leur intégration sociale et l’accès à des opportunités de participation sociale. D’autres initiatives mises en place dans la MRC de Coaticook agissent de manière distincte et complémentaire pour répondre à ces mandats. Alors que certaines de ces initiatives fournissent principalement des opportunités de participation sociale (ex. : Cafés des aînés, activités intergénérationnelles), d’autres constituent des leviers importants pour soutenir la ‘Communauté bienveillante’ (ex. : site Internet sur les opportunités de participation sociale, transport collectif, formations sur la culture d’accueil).

L’originalité de la ‘Communauté bienveillante’ pour les aînés repose sur l’implication de plusieurs acteurs de la communauté pour le repérage et l’accompagnement d’aînés et de proches aidants qui, dans plusieurs cas, peuvent être plus difficilement rejoints par les intervenants du réseau de la santé. Tout en favorisant le développement des communautés, cette ‘Communauté bienveillante’ permet de mieux intégrer des aînés dans leur milieu et de favoriser leur pouvoir agir. Il est souhaité que des ‘Communautés bienveillantes’ puissent s’implanter sur d’autres territoires et dans d’autres milieux.

Références à consulter

  • Clément, A.-P., Djilas, D., Vinet, T., Aubin, A., Demers, K., Levasseur, M. (2018). Identification and feasibility of social participation initiatives reducing isolation and involving rural older Canadians in the development of their community. Aging Clinical and Experimental Research, 30(7): 845-859.
  • Levasseur, M., Routhier, S., Clapperton, I., Doré, C., Gallagher, F. (soumis 2018). Social participation needs of older women and men living in a rural regional county municipality: Toward reducing situations of isolation and vulnerability. Rural and Remote Health.
  • Levasseur, M., et al. (2016). Personalized citizen assistance for social participation (APIC): A promising intervention for increasing mobility, accomplishment of social activities and frequency of leisure activities in older adults having disabilities. Archives of Gerontology and Geriatrics, 64, 96-102.
  • Levasseur, M., et al. (soumis 2018a). Adaptation of the Personalized citizen assistance for social participation (APIC) in older adults having disabilities: a feasible intervention to foster social and leisure activities in society. Health & Social Care in the Community.
  • Levasseur, M., et al. (soumis 2018b). Development and implementation of social participation initiatives for older adults living in rural areas: importance of collaboration and contextual factors. Journal of Aging & Social Policy.

Évaluation des effets de l’APIC sur la santé et la participation sociale des aînés : un essai clinique à répartition aléatoire

Janie Gobeil, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

Afin de pallier aux défis d’une population vieillissante, il est essentiel d’intervenir sur les déterminants de la santé, notamment la participation sociale. L’APIC est une intervention de participation sociale prometteuse réalisée notamment auprès des aînés ayant des incapacités. En effet, une étude pré-expérimentale a montré la faisabilité (Levasseur et al., soumis) et des effets positifs de cette intervention auprès d’aînés, notamment sur leur mobilité, leur réalisation d’activités sociales et leur pratique d’activités de loisirs (Levasseur et al., 2016). L’APIC vise essentiellement à favoriser l’engagement de l’aîné dans des activités signifiantes au sein de sa communauté. L’aîné est jumelé avec un accompagnateur-citoyen bénévole qui le soutient dans la réalisation d’un projet de vie à travers des rencontres hebdomadaires d’environ trois heures pendant douze mois. Puisqu’actuellement mis en place par des organismes communautaires en contexte réel, des conditions différentes des études préliminaires, il est essentiel de poursuivre l’évaluation de l’APIC plus rigoureusement.

L’objectif de ce texte est de décrire la méthodologie de l’étude expérimentale en cours évaluant les effets de l’APIC à court et long termes sur la santé, la participation sociale, la satisfaction de vie et l’utilisation des services de santé des aînés (voir Levasseur et al., 2018 pour le protocole détaillé). Afin de documenter les aînés ciblés par l’APIC, leurs résultats préalablement à l’intervention sont également présentés.

Un essai clinique à répartition aléatoire est actuellement mené en collaboration avec cinq organismes communautaires situés à Montréal, Québec et Drummondville. Un total de 376 participants âgés de 65 ans et plus et limités dans au moins une activité quotidienne sont recrutés par les organismes communautaires. Ces aînés sont assignés aléatoirement au groupe expérimental ou au groupe témoin. Chaque participant du groupe expérimental est jumelé avec un bénévole formé qui lui offre des séances de 3 heures par semaine de stimulation personnalisée durant 12 mois. Ces séances encouragent leur pouvoir d’agir, la mobilisation de leurs ressources personnelles et environnementales ainsi que leur intégration communautaire. À leur entrée dans l’étude, puis à 12, 18 et 24 mois; les participants complètent des questionnaires auto-administrés sur leur santé physique et mentale (SF-36), leur participation sociale (échelle de participation sociale) et leur satisfaction envers la vie (LSI-Z). L’utilisation des services de santé est aussi documentée aux deux mois à l’aide d’un questionnaire standardisé adapté d’études antérieures.

Au moment de la présentation, le groupe expérimental (n=32) et le groupe témoin (n=28) étaient équivalents. En effet, la comparaison des données collectées sur le genre (féminin; p=0,94), la situation de vie (vivre seul, p=0,55), le type d’habitation (domicile conventionnel, p=1), l’âge (p=0,17) et la scolarité (p=0,11) indiquait qu’il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes. La santé physique (p=0,51) et mentale (p=0,83), la participation sociale (p=0,77) et la satisfaction envers la vie (p=0,97) des participants des deux groupes étaient également équivalentes.

À ce jour, le recrutement est toujours en cours et l’accompagnement personnalisé des premiers participants s’achève. Les résultats de cette étude, figurant parmi les premières à évaluer les effets d’une intervention sur la participation sociale d’aînés québécois de façon aussi robuste, permettront d’enrichir les pratiques actuelles et contribueront à documenter les bénéfices potentiels individuel et sociétal de cette intervention.

Références à consulter

  • Levasseur M, Dubois M-F, Filliatrault J, Vasiliadis H-M, Lacasse-Bédard J, Tourigny A, Levert M-J, Gabaude C, Lefebvre H, Berger V et Eymard C. (2018). Effect of personalised citizen assistance for social participation (APIC) on older adults’ health and social participation: study protocol for a pragmatic multicentre randomised controlled trial (RCT). BMJ Open, 8(3), e018676. Disponible à: https://bmjopen.bmj.com/content/bmjopen/8/3/e018676.full.pdf
     
  • Levasseur M, Lefebvre H, Levert M-J, Lacasse-Bédard J, Desrosiers J, Therriault PY, Tourigny A, Couturier Y et Carbonneau H. (2016). Personalized citizen assistance for social participation (APIC): A promising intervention for increasing mobility, accomplishment of social activities and frequency of leisure activities in older adults having disabilities. Arch Gerontol Geriatr, 64, 96-102. Doi : 10.1016/j.archger.2016.01.001. Disponible à: https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0167494316300012
       
  • Levasseur M, Lefebvre H, Levert M-J, Lacasse-Bédard J, Lacerte J, Carbonneau H et Therriault P-Y. Adaptation of the Personalized citizen assistance for social participation (APIC) in older adults having disabilities: a feasible intervention to foster social and leisure activities in society. Journal of Community Health. Manuscrit soumis.

L’accompagnement personnalisé pour l’intégration communautaire des aînés vivant avec un problème de santé mentale : Obstacles et facilitateurs selon les personnes-ressources

Ginette Aubin, UQTR; Pierre-Yves Therriault, UQTR

Problématique

Les aînés vivant avec un problème de santé mentale (PSM) reçoivent peu de services dans la communauté. Conséquemment, la participation sociale de ces aînés en est souvent affectée. Dans ce sens, une intervention d’accompagnement citoyen personnalisé pour l’intégration communautaire (APIC) a été proposée auprès d’aînés vivant avec un PSM ou des difficultés psychosociales en vue de les soutenir dans la reprise de rôles et d’activités significatives. Un accompagnement hebdomadaire, effectué par un accompagnateur-citoyen qui est une personne provenant de la communauté, a été offert à ces aînés (voir la description dans Aubin et al., 2015). Les effets de cet accompagnement auprès des accompagnés sont davantage décrits dans l’article dans la revue Gérontologie et Société des auteurs Aubin et Therriault (sous presse, à paraître à l’automne 2018).

Objectif

Cette étude exploratoire visait à documenter les facilitateurs et les obstacles à l’implantation de l’APIC, selon le point de vue des personnes ayant référé les accompagnateurs et les accompagnés dans ce projet.

Méthode

Un devis descriptif qualitatif a été utilisé. Des entrevues individuelles ont été effectuées auprès de ces personnes ressources et des analyses thématiques des verbatims ont été réalisées.

Résultats

Quatre personnes ressources ont participé à l’étude. Des éléments spécifiques aux accompagnés, aux accompagnateurs et au contexte de l’accompagnement se trouvent tant dans les facilitateurs que dans les obstacles. Des recommandations ont été faites particulièrement en ce qui a trait au recrutement et au soutien des accompagnateurs, ainsi qu’aux liens avec les services sociaux et de santé. Les résultats de cette étude sont publiés dans la revue Vie et Vieillissement par Aubin (2018).

Discussion

Outre les caractéristiques personnelles des accompagnées et des accompagnatrices, il appert que le désir de l’accompagné de s’engager dans ce processus est un élément incontournable, au-delà du diagnostic en santé mentale. Le soutien apporté aux accompagnateurs tout au long du processus d’accompagnement et des liens avec le réseau de la santé sont aussi déterminants pour le succès de l’accompagnement selon les personnes ressources consultées (voir aussi Therriault, Lefebvre, Guindon, Levert, & Briand, 2013).

Conclusion

L’implantation future d’APIC auprès d’aînés vivant avec un PSM pourra bénéficier des recommandations proposées, constituant ainsi une mesure alternative et intégrée et répondant aux besoins de socialisation et d’inclusion de ces aînés.

Références à consulter

  • Aubin, G. (2018). L’accompagnement personnalisé pour l’intégration communautaire des aînés vivant avec un problème de santé mentale: facilitateurs et obstacles et selon les partenaires. Vie et vieillissement, 15(3), 68-76.
     
  • Aubin, G., Parisien, M., Therriault, P. Y., Nour, K., Billette, V., Belley, A. M., & Dallaire, B. (2015). Développement de programmes visant à soutenir l’autonomie de l’intégration dans la communauté d’aînés ayant une problématique de santé mentale. Vie et vieillissement, 13(1), 11-16.
     
  • Aubin, G., & Therriault, P. Y. (sous presse). L’accompagnement citoyen pour l’intégration communautaire des aînés ayant un trouble mental. Gérontologie et société, 157(40).
     
  • Therriault, P. Y., Lefebvre, H., Guindon, A., Levert, M. J., & Briand, C. (2013). Accompagnement citoyen personnalisé en intégration communautaire : un défi pour la santé mentale? Santé Mentale au Québec, 38(1), 165-188.

APIC offert par des bénévoles d’un organisme communautaire rural : Fidélité et enjeux de l’implantation

Julie Lacerte, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Véronique Provencher, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

Afin de permettre aux aînés de participer socialement, surtout en présence d’incapacités, la mise en place d’interventions innovantes requiert l’implication des organismes communautaires. L’APIC, une intervention visant à soutenir les aînés dans la réalisation de projets de participation sociale signifiants, a été implanté pour une première fois dans un organisme communautaire rural auprès de cinq dyades composées d’un aîné et d’un accompagnateur citoyen bénévole. Cinq principes clés spécifiques à cette intervention ont guidé l’implantation. D’abord, l’accompagnement doit être réalisé 1) dans le cadre d’une relation égalitaire, 2) de façon personnalisée et 3) à raison de trois heures par semaines pendant six à 12 mois. Ensuite, le rôle de l’accompagnateur doit viser à 4) renforcer le pouvoir d’agir de l’aîné et 5) à soutenir concrètement sa démarche vers la réalisation de son projet de participation sociale.

Dans le but d’étudier les effets de l’APIC, l’adhésion aux principes clés ainsi que les composantes essentielles à l’obtention d’effets positifs, une étude de cas multiples a été réalisée auprès de cinq dyades suivies pendant quatre mois au moyen de questionnaires, de journaux de bord, d’un photovoix, d’observations et d’entretiens semi-dirigés. Les différentes sources de données ont d’abord été triangulées pour chaque dyade, permettant ensuite l’identification des similitudes et des différences entre elles. Des cinq aînés engagés dans l’APIC, deux ont augmenté substantiellement leur pratique d’activités de participation sociale. Les résultats préliminaires issus de l’expérience de ces deux dyades sont présentés ici.

Description des dyades

La première dyade était composée de Violette*, 86 ans, et de son accompagnatrice Denise*, 70 ans. Violette se disait déprimée et anxieuse, présentait de légères difficultés à la marche, ainsi qu’un pouvoir d’agir limité. Violette bénéficiait de visites occasionnelles de ses enfants. La deuxième dyade était composée de Rose*, 85 ans, et de son accompagnatrice Françoise*, 63 ans. Rose présentait un bon moral, bénéficiait d’un réseau social étendu ainsi que d’un pouvoir d’agir développé. Elle éprouvait cependant des difficultés importantes à la marche requérant l’utilisation d’un fauteuil roulant à l’extérieur. Les deux aînées accompagnées vivaient seules à domicile, étaient dépendantes pour le transport, faisaient peu d’activités à l’extérieur et étaient suivies par un agent de participation sociale travaillant pour l’organisme communautaire. Les deux accompagnatrices étaient retraitées.

Déroulement de l’accompagnement

Après une présentation par l’agent de participation sociale, la relation s’est rapidement établie dans les deux dyades. Dans la première dyade, l’intégration d’une activité hebdomadaire dans un centre communautaire ayant été ciblée, Denise a accompagné Violette à l’activité en s’estompant graduellement jusqu’à ce qu’elle y participe seule et covoiture avec d’autres pour le retour. À la fin de l’étude, l’accompagnement se poursuivait avec l’objectif de soutenir Violette dans l’utilisation du transport en commun pour ses déplacements au centre communautaire.  

Dans la deuxième dyade, Rose venait tout juste, au moment de débuter l’accompagnement, d’intégrer une association de personnes handicapées où elle se rendait en transport adapté. Elle formulait également le projet d’avoir un chat. La principale activité de la dyade fut la discussion, notamment à propos des projets de Rose. La participation aux activités de l’association allant bon train et Rose ayant fait l’acquisition d’un chat, la dyade convint de mettre fin aux rencontres après 16 semaines, tout en gardant un contact téléphonique régulier. 

Au cours de la période de suivi, Violette et Denise ont réalisé 14 rencontres (7 annulations) et, Rose et Françoise, 11 rencontres (5 annulations).

Effets de l’APIC

En plus des activités de participation sociale plus fréquentes, Violette a rapporté une plus grande facilité à sortir et davantage d’interactions avec d’autres et, Rose, une vision plus positive de la vie et un plaisir accru dans ses sorties. Quant aux accompagnatrices, elles ont apprécié leur expérience et souhaitaient poursuivre leur implication.

Adhésion aux principes (P) clés

Les deux dyades ont mis en place une relation égalitaire caractérisée par la confiance (P1) et réalisé des rencontres régulières d’une durée de deux à trois heures (P3). La personnalisation de l’accompagnement (P2) s’est concrétisée par une adaptation de l’exercice du rôle d’accompagnatrice en fonction des particularités de l’aînée. Violette ayant eu initialement tendance à déléguer ses démarches et à éviter les interactions, Denise a entraîné Violette par son propre dynamisme, compensant initialement son pouvoir d’agir limité (P4) et a agi comme intermédiaire dans ses interactions sociales lors d’activités dans la communauté (P5). Rose ayant pris spontanément en charge ses projets et bénéficié d’un vaste réseau de soutien, Françoise a plutôt encouragé sa prise de décision autonome (P4) et validé ses démarches (P5) lors de discussions.  

Composantes essentielles de l’APIC

Les deux aînées accompagnées ont attribué les effets de l’APIC à la présence humaine régulière et aux sorties réalisées. Pour Violette, le rôle d’intermédiaire fut nécessaire pour surmonter l’anxiété à sortir et faciliter le contact avec d’autres. La répétition des sorties a également facilité le développement de relations. Pour Rose, les effets bénéfiques seraient plutôt reliés à la validation de ses capacités par son accompagnatrice.

L’expérience d’accompagnement des deux dyades est caractérisée par le plaisir partagé découlant de la relation d’accompagnement, des activités réalisées ensemble et des succès vécus. Une réciprocité dans la relation s’est également établie à travers une personnalisation bidirectionnelle de l’accompagnement, c’est-à-dire une préoccupation de l’aînée envers le plaisir de son accompagnatrice faisant écho au principe clé de personnalisation de l’accompagnement à l’aînée.

L’étude de ces deux dyades met donc en lumière l’importance de la régularité de l’accompagnement, de la réalisation de sorties ainsi que d’une relation d’accompagnement fondée sur le plaisir partagé et la réciprocité afin que l’APIC soit profitable. En permettant la prise en compte des particularités de l’aîné, la flexibilité dans l’exercice du rôle d’accompagnateur favorise l’atteinte des objectifs. Ces composantes essentielles au succès de l’intervention peuvent être facilitées en favorisant notamment la compatibilité dans la dyade ainsi qu’une offre d’opportunités de participation sociale adaptées et accessibles aux aînés. L’étude des dyades, ayant connu un succès mitigé, permettra prochainement d’approfondir la compréhension des composantes essentielles au succès de l’APIC.

* Les noms des participants ont été changés afin de préserver leur anonymat.

Références à consulter


Ergothérapie et participation sociale

Résumé des présentations

Exploration de la participation sociale des aînés ayant une problématique de santé mentale

Geneviève Tremblay, UQTR; Ginette Aubin, UQTR

Problématique

Les études portant sur la participation sociale des aînés ayant une problématique de santé mentale (PSM) sont peu nombreuses. On en connaît donc très peu sur leur expérience de la participation sociale.

Objectifs

Cette étude visait à 1) décrire la participation sociale des aînés PSM et 2) documenter l’utilisation d’un outil d’évaluation de la participation sociale auprès des aînés.

Méthode

Cette étude exploratoire a un devis descriptif comparatif. Cinq aînés PSM (groupe 1) et cinq aînés sans PSM (groupe 2) ont été recrutés. Le Profil de l’engagement occupationnel des personnes ayant un trouble mental grave (POES), incluant l’horaire des activités et une entrevue a été utilisé. Des notes sur la passation du POES auprès des aînés ont été prises. Des analyses descriptives ont été effectuées avec les données quantitatives et une analyse thématique des données qualitatives a été réalisée.

Résultats

Le groupe 1 a un niveau de participation légèrement inférieur à celui du groupe 2 selon le score total au POES. Trois facteurs influencent la participation sociale du groupe 1 : la médication, la fréquentation d’organismes en santé mentale et les limitations physiques et environnementales. Trois facteurs caractérisent sa participation sociale: l’engagement dans des activités créatives, de bénévolat ainsi que l’importance de la routine. Les participants ont bien réagi à la passation et aux composantes du POES.

Discussion

La différence entre les deux groupes s’explique davantage par la façon dont les aînés PSM s’engagent dans des occupations. Une réflexion s’impose quant à l’interprétation du score total du POES et du degré de participation sociale.

Conclusion

Les facteurs qui caractérisent et influencent la participation sociale des aînés PSM commencent à être explorés. Des études avec de plus grands échantillons dans des contextes de vie variés permettront de mieux comprendre la nature et les besoins quant à la participation sociale de ces aînés.


Agir comme pairs éducateurs en promotion de la santé : un rôle signifiant pour la participation sociale des aînés

Claudé Vérité-Aubry, CIUSSS de l'Ouest de l'Île de Montréal; Johanne Filiatrault, Université de Montréal et Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM); Agathe Lorthios-Guilledroit, CRIUGM; Manon Parisien, CIUSSS Centre-Sud de l'Île de Montréal; Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

Description

L’éducation par les pairs est une stratégie en plein essor pour promouvoir la santé des aînés. En plus de favoriser l’acceptabilité et la diffusion élargie des messages de santé, cette approche d’empowerment s’est révélée bénéfique tant pour la santé des bénéficiaires eux-mêmes, que pour la santé des pairs éducateurs. Toutefois, peu de chercheurs se sont intéressés jusqu’à maintenant à l’expérience des pairs éducateurs impliqués dans des programmes de promotion de la santé.

Objectif de l'étude

Cette étude qualitative visait à explorer le sens accordé par des aînés à leur expérience de pairs éducateurs en promotion de la santé, ainsi que les facteurs associés à leur engagement dans ce rôle.

Méthodes

Sept aînés agissant comme pairs éducateurs dans divers programmes de promotion de la santé des aînés ont été rencontrés pour des entrevues individuelles semi-structurées. Le contenu des entrevues a été enregistré puis retranscrit aux fins de l’analyse. Un modèle s’inscrivant dans les sciences de l’occupation, le modèle Vivez-Bien-Votre Vie, a été utilisé comme cadre de référence pour l’analyse des verbatim.

Résultats

L’analyse révèle que le sens accordé au rôle de pairs éducateurs en promotion de la santé s’ancre principalement dans les dimensions de plaisir, d’expression de l’identité, de contribution sociale, de liens sociaux et de développement de connaissances. L’analyse montre aussi que plusieurs facteurs favorisent l’engagement dans le rôle de pairs éducateurs, tels que le soutien et la valorisation des pairs éducateurs et le degré d’accessibilité du lieu où se déroulent les programmes.

Conclusion

Cette étude soutient la pertinence pour les ergothérapeutes de valoriser l’implication des aînés comme pairs éducateurs en promotion de la santé, un rôle signifiant à maints égards aux yeux des aînés interviewés.

Pour plus d'information, contactez

claude.verite-aubry@umontreal.ca

Références à consulter

  • Vivre en Équilibre : Filiatrault, J., Desrosiers, J., Gauvin, L., Laforest, S., Levasseur, M., Negron Poblete , P., Richard, L. et Parisien, M. (2018). Reprendre confiance et mieux participer dans sa communauté : évaluation multi-sites du programme Vivre en Équilibre. Rapport de recherche présenté au Fonds de recherche du Québec – Société et Culture.
  • Marche avec bâtons : Fournier, B., Mathieu, M.-E., Parisien, M., Filiatrault, J., Bier, N. et Laforest, S. (2018). Development of a community-based pole walking program for older adults. Activities, Adaptation and Aging. ePub, 1-22. doi: 10.1080/01924788.2018.1428471

Préimplantation du Lifestyle Redesign® : les déterminants d’une implantation réussie selon les ergothérapeutes

Marie-Hélène Lévesque, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

Cette présentation expose les résultats d’une recherche-action sur les déterminants cruciaux et précurseurs à l’implantation du Lifestyle Redesign® (LR) selon la perspective d’ergothérapeutes et de finissants en ergothérapie.

Développé en Californie, le LR est une intervention novatrice et efficace qui a pour objectif le développement d’un mode de vie sain et personnellement signifiant chez les aînés vivant à domicile. Pour ce faire, le LR mise notamment sur la participation sociale par le biais d’échanges entre les pairs, de discussions de groupe et de sorties dans la communauté. Au Québec, le LR n’a jamais été implanté en clinique et la formation requise à son utilisation est uniquement disponible en anglais.

L’objectif général de cette étude est d’accompagner des ergothérapeutes et des finissants en ergothérapie à s’approprier le LR et à préparer son implantation auprès d’aînés en milieu communautaire. Concrètement, l’étude vise à 1) examiner la perception d’experts en ergothérapie préventive et d’ergothérapeutes quant à la formation traduite du LR, 2) documenter les déterminants d’une implantation réussie incluant la faisabilité, les facilitateurs et les obstacles potentiels à sa mise en œuvre et 3) observer, dans une visée exploratoire, l’association entre la formation du LR, les connaissances et l’intention comportementale de changement d’ergothérapeutes.

Des données quantitatives, issues de questionnaires et recueillies avant et après la formation seront analysées à l’aide de statistiques descriptives et comparatives. Les données qualitatives, provenant de deux groupes de discussion focalisée, feront quant à elles l’objet d’une analyse de contenu thématique.

Les résultats de ces analyses contribueront au développement d’un plan d’implantation efficace ainsi qu’au renforcement des pratiques préventives axées sur la participation sociale des aînés. Ultimement, le LR pourrait contribuer à maintenir ou à améliorer la santé et le mieux-être des aînés québécois.

Référence à consulter


Repenser l’ergothérapie avec la recherche participative et la pensée design

Pier-Luc Turcotte, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Annie Carrier, Université de Sherbrooke; Steeven Pedneault, PRÉSÂGES; Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

Introduction

Avec le vieillissement de la population, la participation sociale des aînés est une occasion de favoriser leur santé et leur bien-être. Par leurs interventions, les ergothérapeutes au soutien à domicile (SAD) peuvent contribuer significativement à la participation sociale des aînés (Turcotte et al., 2018). Pour ce faire, les ergothérapeutes peuvent développer les capacités fonctionnelles, modifier l’environnement ou adapter les activités pour qu’elles soient plus signifiantes ou faciles à réaliser. Par exemple, les ergothérapeutes peuvent offrir des interventions personnalisées à l’échelle individuelle, d’un groupe ou de la communauté (Turcotte et al., 2017). Ces interventions ont été démontrées efficaces et rentables économiquement (Turcotte et al., 2018). Même s’ils sont en bonne position pour y contribuer, les ergothérapeutes au SAD rencontrent principalement des obstacles organisationnels et systémiques (Turcotte et al., 2015). Devant ces défis et partant des forces de la communauté, les moyens de repenser l’ergothérapie au SAD pour favoriser la participation sociale des aînés doivent être mieux connus. 

Objectif

Cette présentation visait à décrire l’intégration de la pensée design à une recherche participative ayant comme objectif de repenser l’ergothérapie au SAD pour favoriser la participation sociale des aînés. Afin d’identifier des zones de convergence et de complémentarité, la recherche participative et la pensée design ont aussi été comparées.

Approche

Issue d’une expérience de recherche participative menée dans une communauté montréalaise, une réflexion critique sur l’utilisation de la recherche participative et de l’innovation sociale pour repenser les pratiques a été présentée (Turcotte et al., 2018). Deux grilles d’analyse critique ont été utilisées pour appuyer la présente réflexion, l’une pour la recherche participative et l’autre pour la pensée design. 

Implication

L’analyse de l’intégration de la pensée design à une recherche participative a fait ressortir des forces et des limites à une telle intégration. Des zones de convergence et de complémentarité ont aussi été mises en évidence. L’intégration de la pensée design a permis à la recherche participative de (1) réunir les partenaires autour d’une intention commune, (2) mobiliser une diversité d’acteurs, (3) récolter les points de vue émergents et 4) illustrer les résultats différemment. Un comité de pilotage formé de 12 partenaires au SAD a participé aux décisions liées à la recherche. Quatre groupes de discussion et sept entretiens individuels ont été réalisés auprès de 28 partenaires clés. Ainsi, les partenaires ont co-construit un continuum d’interventions individuelles, de groupe et communautaires. Ce processus était soutenu par des techniques de pensée design qui ont permis de stimuler le dialogue et le partage du pouvoir entre les partenaires. Ces techniques inclusives, ludiques et créatives ont favorisé l’engagement des partenaires et ont eu des retombées inattendues qui ont aussi été présentées. À partir d’une recherche participative ayant intégré la pensée design, les forces et les limites d’une telle intégration ont été identifiées. Parmi les forces, l’intégration de la pensée design semble avoir favorisé l’émergence et la coconstruction de solutions créatives. En revanche, les limites liées à la difficulté à impliquer tous les partenaires à chaque étape n’ont pu être toutes évitées, nécessitant du temps et de l’énergie. Des zones de convergence et de complémentarité ont aussi été identifiées. Les similitudes entre la recherche participative et la pensée design ont permis de suivre un processus circulaire et itératif. Leurs différences ont donné lieu à une certaine subjectivité propre à la pensée design, sans sacrifier la rigueur de la recherche participative.

Conclusion

Cette réflexion critique sur la possibilité de repenser l’ergothérapie au SAD met en lumière des avenues prometteuses pour favoriser la participation sociale des aînés. Les milieux clinique, communautaire et de la recherche sont donc invités à collaborer, de la conception à l’implantation de ces pratiques innovantes.

Références à consulter


Profil de pratiques des ergothérapeutes du Québec auprès d’aînés : vers des interventions davantage axées sur la participation sociale?

Janie Gobeil, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS; Mélanie Levasseur, CdRV du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et UdeS

L’ergothérapeute est un professionnel de la santé dont l’expertise consiste à maintenir, à restaurer ou à faciliter la réalisation satisfaisante d’occupations signifiantes, incluant les activités sociales et de loisirs des aînés. Ainsi, l’ergothérapeute doit évaluer et intervenir selon trois grandes dimensions; soit les facteurs personnels (P) de l’aîné, son environnement (E) et ses occupations (O). Parmi les facteurs personnels, on retrouve, par exemple, les aptitudes physiques, cognitives, émotionnelles et sociales d’une personne. L’environnement a quant à lui une composante physique (ex. : domicile, lieu de travail ou de bénévolat) et sociale (ex. : famille, amis, employeur). Les occupations regroupent généralement les soins personnels (manger, s’habiller, se laver, etc.), la productivité (le travail ou le bénévolat) et les loisirs. On connaît toutefois peu les pratiques actuelles des ergothérapeutes du Québec œuvrant auprès d’aînés, incluant celles sur la participation sociale.

L’objectif de cette étude était de documenter le portrait des pratiques évaluatives et d’intervention des ergothérapeutes du Québec œuvrant auprès d’aînés, puis d’examiner les pratiques axées sur la participation sociale (pour les détails sur la méthodologie et les résultats, voir Gobeil & Levasseur, 2018).

Une enquête transversale a été réalisée par l’Ordre des ergothérapeutes du Québec en 2014 auprès de 329 ergothérapeutes travaillant auprès d’aînés et ayant répondu à un questionnaire en ligne sur leurs pratiques évaluatives et d’intervention.

Les participants étaient majoritairement des femmes âgées entre 30 et 39 ans, détenant un baccalauréat et travaillant à temps complet en CLSC ou en centre hospitalier. Les ergothérapeutes avaient en moyenne 13 années d’expérience clinique et voyaient environ 14 clients par semaine. Les principaux diagnostics de leurs clients étaient en lien avec les troubles liés au vieillissement, les démences et les symptômes associés ainsi que les affections neurologiques évolutives.

Les évaluations et les interventions portaient principalement sur les soins personnels (évaluation : nombre de jours moyen/mois ± écart-type : 15,3±7,1; intervention : 14,8±7,3), les aptitudes physiques (évaluation : 14,9±7,2; intervention : 14,2±7,6) et l’environnement physique (évaluation :13,5±7,8; intervention :12,9±7,9). L’intégration communautaire (évaluation : 4,8±6,1; intervention : 4,6±5,6) et l’engagement dans les activités signifiantes (évaluation : 4,0±5,6; intervention : 4,0±5,3), des sous-dimensions de l’occupation liées à la participation sociale, étaient peu abordés.

Les méthodes d’évaluation les plus souvent utilisées avaient surtout une visée fonctionnelle (ex. : mises en situation ou observation des activités de la vie quotidienne [AVQ] et domestique [AVD], bilans musculaires et articulaires) et étaient axées sur le dépistage des difficultés cognitives (ex. : Mini Mental State Examination [MMSE], Montreal Cognitive Assessment [MoCA], Protocole d’examen cognitif de la personne âgée [PECPA-2R]; Gobeil et Levasseur, soumis). Les interventions portaient aussi principalement sur la réalisation des AVQ et AVD, incluant l’entraînement, l’enseignement, l’attribution d’aides techniques et l’adaptation de l’environnement ou de l’activité (Gobeil et Levasseur, 2018).

En résumé, selon cette étude, les pratiques ergothérapiques auprès d’aînés sont principalement axées sur la réalisation fonctionnelle des activités quotidiennes dans un environnement sécuritaire, plutôt que sur la réalisation satisfaisante d’occupations signifiantes, telles que les activités sociales et de loisirs. Sachant que la participation sociale est essentielle pour promouvoir la santé et prévenir les incapacités, il importe de poursuivre la réflexion sur les moyens d’intégrer davantage d’interventions de participation sociale dans les services d’ergothérapie pour ainsi mieux faire face aux enjeux du vieillissement de la population.

Références à consulter


Dénoncer l'injustice occupationnelle : nouveau regard sur les barrières à la participation sociale

Valérie Lemieux, Direction régionale de santé publique de Montréal (CIUSSS CSMtl)

Cette présentation avait pour but d'explorer la participation sociale sous l'angle de la justice occupationnelle en vue d’identifier de nouvelles pistes d'interventions basées sur l'approche des droits et des théories de l’occupation. Ce concept encore émergent, issu des sciences de l'occupation, fait référence aux pouvoirs d'agir des personnes en regard de leur engagement et de leurs rôles sociaux. Il renvoie à une société où chacun peut choisir sa façon de participer à la vie. À l'inverse, l'injustice occupationnelle survient lorsqu'une personne est exclue ou privée d'opportunités de s'engager dans des activités, des relations ou des rôles sociaux significatifs, ou encore lorsque ces engagements lui sont imposés.

Les aînés sont un groupe vulnérable sur ce plan, en raison de facteurs à la fois individuels, environnementaux et sociétaux qui limitent leur participation à des activités significatives et satisfaisantes. À Montréal, près d'un aîné sur six (14%) rapporte ne jamais avoir senti, au cours du dernier mois, apporter quelque chose d'utile ou important à la société (Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, 2017). Dans le cadre d'une étude pour laquelle des groupes de discussion focalisée ont été réalisés avec des aîné(e)s montréalais(es), les facteurs qui engendrent de l'injustice occupationnelle ont été identifiés et analysés à l'aide du cadre conceptuel de Stadnyk, Townsend et Wilcock (2010).

D'une part, les aînés rapportent qu'ils doivent souvent composer avec une forme d'incapacité dans des environnements encore peu adaptés à une diversité de capabilités. D'autre part, leur participation se situe souvent à l'extérieur des rôles socialement valorisés que sont le travail ou l'engagement social à l'intérieur de structures formelles. Le fait de devenir proche aidant sans réelle alternative constitue aussi une barrière ou facteur d'injustice occupationnelle soulevé. Enfin, des politiques ou réglementations qui reflètent une compréhension erronée de la réalité aînée, particulièrement au grand âge (85 ans et plus), peuvent représenter un facteur générateur d’injustice occupationnelle chez la population aînée.

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