Favoriser la participation sociale via les centres communautaires de loisir, sociaux et socioculturels

Résumé des présentations

Centres sociaux et socioculturels et enjeux de participation sociale des aînés : regard croisé entre acteurs de terrain et chercheurs

Béatrice Blanchard, Union régionale des centres sociaux des Pays de la Loire et Centre Social de l’Allée Verte; Shani Galand, Laboratoire CENS, Université de Nantes et Union régionale des centres sociaux des Pays de la Loire; Juliette Michel, Laboratoire ESO, Université d'Angers et Union régionale des centres sociaux des Pays de la Loire

Les résultats et réflexions présentés dans le cadre de cette communication sont issus de l’étude I-CARE, initiée par l’Union Régionale des centres sociaux des Pays de la Loire en 2016. Celle-ci vise à mesurer l’impact des actions de prévention des centres sociaux et socioculturels (CSX) de France à l’égard des publics retraités qui les fréquentent. Le mode de gouvernance des CSX, basé sur un principe de démocratie participative permet aux habitants et, par là même, aux aînés, d’agir sur leur environnement. Compte tenu de l’accroissement du vieillissement démographique, les CSX interrogent, aujourd’hui, les modèles de participation sociale qu’ils proposent par le biais de leurs activités.

Cette recherche – qui a la particularité d’être conduite via un dispositif TWIN CIFRE et dont l’approche est interdisciplinaire –  permet de relever différentes formes de participation sociale chez les aînés dans les CSX. Si celle-ci se manifeste sous sa forme la plus usuelle et reconnue qu’est le bénévolat, l’étude révèle, par ailleurs, l’existence de participations plus « invisibles » ayant elles aussi leurs bénéfices. Les résultats montrent que des activités, comme Jardin’âge, offrent des moyens stratégiques aux aînés pour faire face aux bouleversements, aux transitions biographiques qui surviennent au cours de leur avancée en âge. Dans ce cas, nous constatons que l’activité proposée par le centre social permet de faire perdurer une pratique quotidienne considérée comme essentielle pour les personnes interrogées. La recherche révèle que des activités comme celles-ci sont essentielles, car elles permettent aux personnes plus fragilisées de garder prise et d’agir sur leur environnement. L’action Jardin’âge n’est qu’un exemple de ce que permettent ces activités en termes de participation sociale. En effet, d’autres activités – comme la cuisine, la couture, l’informatique, etc. – permettent, quant à elles, l’échange mutuel de connaissances et de savoir-faire. Qu’il s’agisse de jeunes retraités ou de personnes plus âgées, les CSX offrent aux individus les moyens de faire face à des transitions biographiques parfois difficiles (ex. : retraite, veuvage, perte de mobilité) en leur offrant, entre autres, la possibilité d’accroître leur réseau social, d’apprendre, d’entreprendre, d’être divertis ou bien même accompagnés.

Cependant, si l’étude témoigne de ces diverses qualités, elle montre, par ailleurs, certaines carences quant à l’exercice de la participation sociale des aînés dans ces structures. Tout d’abord, l’analyse fait le constat d’un manque d’hétérogéniste des publics concernés par ces actions (ex. : femmes, jeunes retraités, appartenant à la classe moyenne, autonomes). Autant d’éléments qui interrogent, à ce jour, l’offre des CSX. Comment toucher davantage d’hommes? Comment toucher les personnes en situation de très grande précarité économique? Ou encore les personnes en perte d’autonomie? Des éléments qui questionnent également l’accessibilité au bénévolat, actuellement relativement sélectif et renforçant les inégalités sociales. Ces constats interrogent à la fois l’évolution de l’offre d’activités proposées par les CSX, mais aussi l’effort d’adaptation de la pratique professionnelle pour faire face à ces enjeux. C’est pourquoi la question de la coordination des acteurs sur les territoires et la mutualisation des compétences attire l’attention. Les actions des CSX ne sont pas connues des acteurs gérontologiques et la distance culturelle qui sépare les CSX des secteurs sanitaires et médicaux-sociaux ne facilite pas leur intégration. Pour plus de pertinence, il devient nécessaire que ces divers acteurs, inscrits dans des champs d’action et dans des traditions différentes parviennent à dialoguer et à travailler ensemble. Le partage de connaissances permettrait une action plus efficiente par sa complémentarité.

Enfin, compte tenu de l’objet de ce colloque, il convient d’aborder la question de « l’injonction » à l’utilité sociale. Dans les discours actuels prônant la participation sociale des aînés, il apparaît, de manière récurrente, qu’une retraite réussie se doit d’être active et productive. Cette manière d’appréhender le vieillissement, à rapprocher des cadres du vieillissement actif, est assez réductrice et tend à exercer une certaine pression sociale sur l’individu faisant abstraction aux besoins propres du sujet qui vieillit. Bien que par la diversité de leurs actions, les CSX aient la capacité, comme exposé précédemment, d’offrir différents modèles de participations, il faut veiller à ce qu’ils ne basculent pas dans les dérives d’un vieillissement normatif. En effet, les réponses actuellement proposées aux aînés par les CSX se présentent comme une alternative à une approche habituelle plus préventive et médicale. Pour poursuivre en ce sens, il leur appartient désormais de rester attentifs aux envies et capacités de chacun. Il est de la responsabilité des professionnels de mesurer les écarts entre le « bien vouloir » propre au bénévolat et le « bien devoir » propre aux représentations sociales que l’on se fait d’un « bien vieillir ». Pour ce faire, il convient de considérer toutes les formes de participations sans jugements de valeur. En d’autres termes, il n’y a pas de « petites utilités ».

Ainsi, la recherche I-CARE permet, à la fois, de montrer que les actions des CSX offrent aux aînés diverses possibilités de participation sociale, qui, tout en tenant compte des capacités individuelles de chacun, s’inscrivent dans une logique qui allient « plaisir » et « utilité », mais elle permet aussi de pointer certaines limites qui mériteraient d’être considérées par les acteurs concernés. Ces premières réflexions ainsi que les résultats finaux de l’étude permettront aux professionnels de repenser leur pratique et leurs modes de réponses. 


Projet « Aînés au cœur du quartier »

Christine Lacroix, Fédération québécoise des centres communautaires de loisir

La Fédération québécoise des centres communautaires de loisir (FQCCL) regroupe les centres communautaires de loisirs qui ont comme mission de favoriser le développement holistique de la personne, de soutenir la famille et d’encourager l’implication des citoyens dans leur communauté locale, et ce, au moyen du loisir communautaire, de l’action communautaire et de l’éducation populaire. 

Préoccupée par la participation sociale des aînés, la FQCCL a développé, «  Aînés au cœur du quartier  », un projet à caractère expérimental d’une durée d’un an, financé dans le cadre du programme Québec ami des aînés. Il consiste à réunir les ressources des centres communautaires de loisirs et des personnes aînées, afin de permettre à ces dernières d’exprimer leurs idées, de cerner leurs besoins, et de définir des actions pouvant y répondre. L’objectif du projet est de briser l’isolement des aînés en favorisant leur participation sociale, de contrer l’âgisme et de leur fournir un environnement sécuritaire. Il doit leur permettre, avec la collaboration des centres, de contribuer à la société selon leurs intérêts et aptitudes.

Le projet «  Aînés au cœur du quartier  » s’inscrit dans une démarche de concertation dynamique et démocratique. Il s’inspire de la politique Vieillir et vivre ensemble du gouvernement du Québec, des modes d’intervention sur la participation sociale (Raymond, 2013), ainsi que du modèle d’Opération Quartier mis sur pied par la FQCCL en 1996 dans plusieurs centres. Il favorise une approche globale tenant compte à la fois des besoins des aînés, de leurs intentions, de leurs interactions et de leurs environnements ; une approche qui place l’aîné comme un expert de son milieu, à même de trouver des façons de l’améliorer.

Le déroulement du projet se présente en trois étapes : une de sensibilisation, une portant sur l’intérêt et l’engagement des aînés et, la dernière, sur la réalisation des actions comme telles.

À l’étape de sensibilisation, les aînés ont pu accéder à des rencontres d’informations via le site Internet, par un encart de publicité avec les coordonnées du centre, ainsi que par l’utilisation de réseaux de contacts personnels (téléphone). Pour sensibiliser les aînés utilisant déjà les services des centres, un questionnaire sur la participation sociale a été distribué, ainsi qu’un dépliant format carte d’affaires contenant des références du quartier. Par ailleurs, un sondage d’intérêt auprès des aînés utilisateurs et extérieurs du centre a été créé et mené par les aînés eux-mêmes. La publicité, faite pour annoncer une conférence sur le pouvoir d’agir des aînés par une personnalité publique, s’est avérée un bon moyen de sensibilisation auprès des aînés du quartier en général.

À l’étape où l’intérêt et l’engagement des participants étaient pris en compte, nous avons recensé plusieurs moyens utilisés. Par exemple, d’un comité d’aînés baptisé « On a l’âge de son cœur  » et d’un comité d’aînés organisant un forum sur l’isolement social des aînés ont émergé des intérêts communs pour une action visée ensemble. Une formation de participants aînés et d’intervenants des centres au Parcours FAR (un atelier de réflexion à l’action créé et donné par l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés de l’Université Laval [IVPSA]) a été réalisée dans le but d’offrir des outils d’animation pour des projets ultérieurs.

Enfin, à l’étape de réalisation des actions, nous comptons plusieurs actions différentes. Plusieurs sont d’ordre de rencontres en petits groupes – tels qu’un comité d’aînés, cafés-rencontres avec différents thèmes – et d’autres de plus grande envergure avec un nombre plus élevé de participants comme des conférences sur la participation sociale et le pouvoir d’agir, une consultation avec l’ensemble de la communauté (citoyens aînés, réseau de la santé via les CLSC, de la recherche universitaire, du municipal et autres organismes travaillant auprès des aînés notamment les tables de concertation des aînés) afin de voir ensemble les besoins globaux et se répartir les actions possibles selon les champs d’expertise, et finalement deux forums avec conférences et ateliers d’échanges entre les participants. D’autres actions ont visé davantage des activités concrètes telles qu’un souper spaghetti, des activités intergénérationnelles avec des adolescents, une chorale sociale offrant de l’information sur la maltraitance envers les aînés en échangeant avec eux après le concert ainsi qu’une mise en place d’une programmation d’activités par et pour les hommes.

Le bilan de ce projet met en valeur trois aspects essentiels à la réussite du projet :

1. La participation incontournable des aînés (par et pour les aînés)

Comme ce sont les aînés eux-mêmes qui décident des actions à faire en vue d’améliorer leur situation dans leur communauté, le principal impact est une prise en charge par des aînés en lien avec d’autres aînés. Les aînés mobilisés deviennent ainsi des modèles et créent les ressources à la vie communautaire et favorisent aussi une pérennisation des actions.

2. La nécessité d’avoir un objectif commun

Afin de parvenir à une action concrète, il est nécessaire que les participants adhèrent à une sorte de consensus pour mobiliser l’ensemble du groupe. Ainsi, le projet aura plus de chance de perdurer dans le temps et d’interpeller éventuellement d’autres aînés.

3. L’importance de l’environnement

Les centres communautaires de loisirs se sont révélé être des milieux extrêmement favorables à la réalisation du projet. En effet, les possibilités d’action sont immenses via les moyens d’action des centres : le loisir communautaire, l’éducation populaire et l’action communautaire. Ainsi, l’espace d’ouverture offert par les centres, la capacité de mobilisation du milieu communautaire et l’importance des intervenants porteurs du projet permettent une meilleure mobilisation des participants.

Les suites possibles

Les participants du projet souhaitent grandement poursuivre et développer les actions auprès des aînés, mais la réalité des centres ne permet pas toujours de le faire compte tenu des ressources nécessaires partielles ou tout simplement absentes. Malgré tout, il demeure assurément un intérêt et une plus grande sensibilisation à offrir plus d’espaces à aux aînés, et ce, sur beaucoup de plans.

Haut de la page