Logiques sociales de la participation

Résumé des présentations

Le rôle de proche aidant : une forme occultée et sous-estimée de participation sociale

Sophie Éthier, Université Laval; Nancy Couture, Université Laval

La recherche visait à déterminer si les aidants perçoivent leur rôle comme une forme de participation sociale (PS). Vingt-six aidants ont été regroupés dans six groupes de discussion conduits selon les principes de Krueger (2002). Les discussions ont été analysées selon l’approche mixte de Miles et Huberman (2003). Les propos ont été classés dans une grille construite a priori à partir des thèmes abordés dans les groupes et des dimensions de la théorie de la reconnaissance de Honneth (2000), enrichie des données émergentes.

À l’analyse, on constate trois composantes de la PS : elle renvoie aux différents statuts et rôles familiaux et sociaux, elle est construite de relations et est constituée d’actions. Ainsi défini et délimité, le rôle d’aidant semble logiquement relever d’une PS. Toutefois, les participants n’y associent pas d’emblée leur rôle. Les dimensions de la reconnaissance légale ou juridique de leur rôle (dont l’accès aux services et à l’information et le pouvoir sur l’organisation et la dispensation des services) semblent peu actualisées pour les aidants. La dimension de la solidarité ou de l’estime sociale, qui confère une reconnaissance sociale à un rôle donné, est également peu présente selon eux. La dimension de la reconnaissance qui concerne l’amour ou la sollicitude constitue celle sur laquelle les expériences sont les plus partagées. Dans certains cas, l’aidé, les intervenants et l’entourage leur offrent des marques d’attention et de reconnaissance alors que, dans d’autres cas, elles se font attendre et parfois même ne viennent jamais.

En dépit d’une définition de la PS qui pourrait clairement s’appliquer au rôle d’aidant, les principaux concernés le considèrent très peu en ce sens. Ceci nous semble préoccupant. Nous postulons que c’est l’absence de reconnaissance de ce rôle qui explique qu’il n’est pas perçu comme une forme de PS.

Nous concluons en proposant une stratégie nationale de soutien aux proches aidants qui vise cette reconnaissance sociale. Cette stratégie est détaillée dans un mémoire présenté au ministère de la Famille à l’automne 2017.

Références à consulter


La participation sociale des Odjukru structurée par l'Ebeb : un idéaltype pour la participation des personnes âgées en Côte d’Ivoire

Zoguéhi Arnaud Kévin Dayoro, Université Félix Houphouët-Boigny

Introduction

La réflexion dont les résultats sont ici présentés s’inscrit dans une analyse comparative de deux modèles du parcours de vie – un modèle administratif (formation, travail et retrait social) et un modèle communautaire (intégration, valorisation et participation sociale) – mettant en lumière la participation sociale des personnes âgées Odjukru au champ politique.

Objectif

Présenter un modèle communautaire de participation sociale des personnes âgées susceptible de potentialiser la participation sociale des seniors en Côte d’Ivoire.

Méthodologie

À partir des entretiens semi-directifs avec des jeunes et des personnes âgées un corpus s’est constitué. Vingt-trois entretiens (15 personnes âgées et 8 jeunes) se sont déroulés dans les villages de Yassap (N = 13) et de Débrimou (N = 10).

Résultats

Cette réflexion met en exergue un modèle de participation sociale des aînés qui résiste au modernisme des structures sociales structurées par l’Ebeb en pays Odjukru, au sud de la Côte d’Ivoire. Cette institution régule la relation intergénérationnelle et confère aux personnes âgées entre 60 et 68 ans le pouvoir de gérer la cité.

L’Ebeb, en tant que structure de légitimation du pouvoir des Odjukru agés entre 60 et 68 ans, relève d’une structuration spécifique du parcours de vie chez les Odjukru. Le pays Odjukru est marqué par trois modèles d’identification : 1) le low (l’identité Odjukru) ; 2) l’Agbandji (la fête de la richesse) ; 3) l’Ebeb (le pouvoir politique qui consacre des Odjrukru, qui s’effectue dans un cycle de 8 ans).

L’Ebeb est donc le cadre institutionnel d’exercice de ce pouvoir qui se décrypte dans une relation de pouvoir mettant les personnes âgées, les adultes et les jeunes en interaction. Ceux-ci valident le fonctionnement de l’institution Ebeb à partir de logiques plurielles.

1. L’ancrage de l’EBEB dans les classes d’âge

Les classes d’âge (oworan) constituent un cadre de construction de l’identité Odjukru et de régulation des rapports intergénérationnels. Les sept classes d’âge ont un rôle social, politique, économique et militaire. Les rapports intergénérationnels sont sous-tendus par la logique des appartenances aux générations et aux classes d’âge. Dans le champ politique, la participation à la gestion du pouvoir se fait donc en fonction de l’appartenance aux générations.

2. La standardisation du parcours de vie

La standardisation du parcours de vie par le Low (étape d’initiation), l’Agbandji (valorisation des richesses) et et l’Ebeb et post Ebeb (participation sociale de seniors à partir de 60 ans) est un processus d’enculturation qui participe à la quête de longévité des Odjukru. Cette quête implique le respect des aînés et la participation sociale des Odjukru.

3. La survivance des croyances aux ancêtres comme source du pouvoir des personnes âgées

La croyance aux ancêtres demeure une dimension structurant la vie sociale et particulièrement les rapports intergénérationnels. Les personnes âgées sont encore considérées comme le trait d’union entre le monde nocturne et diurne. Ainsi, ils sont dotés de pouvoir pour la « protection de la société contre l’ennemi », l’office religieux (culte et secret d’adoration) et la préparation des jeunes lors de l’étape initiatique.

4. L’idéologie du pouvoir des vieux dans la construction de la mobilité sociale et la longévité des Odjukru

Selon les Odjukru, les personnes âgées auraient des pouvoirs magico-religieux qui sont susceptibles de freiner la mobilité sociale et la quête de longévité. En conséquence, les personnes âgées de 60 et 68 participent à la vie sociale à un âge administrativement, les salariés sont mis à la retraite qui pour l’heure signifie la mise en retrait social.

L’Ebeb consacre le pouvoir politique, social, sécuritaire, sanitaire, environnemental, religieux désormais aux mains d’une génération pour huit ans. Les « Ebebu » assument la direction suprême des fonctions politiques et ont le pouvoir exécutif : aucune assemblée politique ne peut être convoquée sans leur autorisation; ils président l’arbitrage des conflits; ils jouent le rôle d’ambassadeur (les missions). Les « Ebebu » assument la direction suprême des fonctions religieuses. Ils invoquent les dieux et les ancêtres (la prospérité, la fécondité, la paix, ainsi que l’indépendance dans le quartier, le village, le pays). Les « Ebebu » assurent également une fonction sociale. Ils sont responsables de la gestion économique et financière du village.

Les leçons de l’Ebeb : un idéal type pour penser la participation sociale des personnes âgées en Côte d’Ivoire

Acteurs politiques et administratifs sont invités à :

  • institutionnaliser la socialisation anticipatrice du bénévolat;
  • institutionnaliser la mise à profit des expériences et des expertises  des seniors;
  • institutionnaliser la valorisation des seniors, le respect de l’ancien;
  • institutionnaliser la protection sociale des personnes âgées;
  • intégrer les offres gériatriques dans le système de santé;
  • intégrer la formation continue des personnes âgées.

Acteurs communautaires ou associatifs sont invités à :

  • sensibiliser les jeunes générations sur l’utilité sociale des seniors ;
  • sensibiliser les jeunes générations sur la bientraitance des personnes âgées ;
  • institutionnaliser la mise à profit des expériences et des expertises des seniors dans les communautés.

Association GRESA

Ces travaux sont le fruit de réflexions initiées au sein d’un groupe de recherche qui questionne le vieillissement en Côte d’Ivoire depuis 2008. L’Association GRESA (Groupe de Recherches Interdisciplinaire Appliquées à la Santé et au Vieillissement) est une équipe composée de chercheurs permanents et de chercheurs associés.

L’association GRESA est supervisée par des médecins et des sociologues dont le rôle est de coordonner les travaux des différentes équipes thématiques. À la tête de chaque équipe se trouve un responsable thématique qui a la charge de coordonner les travaux. L’Association GRESA est constituée de six groupes thématiques :

  1. Maladie chronique, temporalité sociale et temporalité individuelle;
  2. Vieillissement, longévité et santé des personnes âgées;
  3. Santé de la reproduction;
  4. Ethnomédecine et psychiatrie;
  5. Prise en charge médicale (conventionnelle et non conventionnelle);
  6. Santé, art médical et éthique.

Nos activités sont visibles aux adresses suivantes : http://gresaconsulting.com/ et https://web.facebook.com/GRESA-250411088666772/

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