Paradoxes, freins, leviers et défis de la participation sociale des aînés en milieu rural

Présentations

Défis et opportunités de l’action bénévole dans la lutte contre la maltraitance en milieu rural
Marie Beaulieu, Jordan Bédard-Lessard, Isabelle Maillé, Hélène Carbonneau, Sophie Éthier, Julie Fortier, Christine Morin et Andrée Sévigny

Alliance en faveur de l'amélioration des conditions de vie des aînés
Micheline Anctil et Jude Brousseau

Continuer à vivre chez soi en milieu rural : besoins, ressources et stratégies mobilisées par des aînés en perte d’autonomie légère et vivant seules
Bernadette Dallaire, Éric Gagnon, Véronique Billette, Anne-Marie Séguin, Andrée Sévigny, André Tourigny, Isabelle Van Pevenage et Alexandra Charette

Résumé de l'atelier

La participation sociale et les solidarités en milieu rural sont souvent idéalisées : unis par des liens tissés serrés, les membres d’une communauté parviennent, en se mobilisant, à surmonter les aléas de la vie et à composer avec un manque de services et de ressources. Cependant, cette croyance répandue ne tient pas compte de la capacité d’adaptation incertaine des communautés rurales, notamment au vieillissement de la population.

Cet atelier, animé par Julie Castonguay, remet en question cette idée préconçue. En ce sens, il vise à : 1) mettre en lumière et mieux comprendre les paradoxes, freins et leviers, et défis entourant la participation sociale des aînés en milieu rural; 2) identifier des stratégies pouvant être mises en œuvre pour la favoriser. Il s'adresse à tout acteur (ex. : étudiant, chercheur, membre ou représentant d’un organisme communautaire, d’une association ou d'une table de concertation d’aînés) concerné par cette participation sociale.

Résumé des présentations

Défis et opportunités de l’action bénévole dans la lutte contre la maltraitance en milieu rural

Marie Beaulieu, Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées; Jordan Bédard-Lessard, Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées; Isabelle Maillé, Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées; Hélène Carbonneau, Université du Québec à Trois-Rivières; Sophie Éthier, Université Laval; Julie Fortier, Université du Québec à Trois-Rivières; Christine Morin, Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection juridique des aînés et Université Laval; Andrée Sévigny, Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec

Introduction

Le Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées 2017-2022 (Ministère de la Famille, 2017) prône les collaborations intersectorielles dans la lutte contre la maltraitance (LMA) envers les personnes aînées (PA). Les organismes à but non lucratif (OBNL) et les bénévoles sont considérés comme des acteurs essentiels (Gouvernement du Québec, 2016) de ce continuum.

Problématique

Peu d’écrits scientifiques étayent les contributions des OBNL dans la LMA. Le projet de recherche sur l’Action bénévole dans la lutte contre la maltraitance matérielle et financière envers les personnes aînées (2015-2018), financé par le CRSH, explore cette dimension.

Objectif

Explorer les défis et stratégies de l’action bénévole dans la LMA matérielle et financière envers les PA au sein de milieux ruraux au Canada.

Méthodologie

Des études de cas (Yin, 2014) furent réalisées auprès de 5 OBNL voués à la LMA au Canada. Les données (documentation organisationnelle, questionnaires, entretiens de groupe et individuels auprès d’administrateurs, d'intervenants sociaux, de bénévoles et PA accompagnées (64 participants)) ont fait l’objet d’une analyse thématique (Paillé et Mucchielli, 2012) intra-cas validée auprès des OBNL et d’une analyse inter-cas.

Résultats

Les OBNL actifs dans la LMA en milieu rural doivent composer avec les distances géographiques pour offrir des rencontres de soutien aux PA et des formations aux bénévoles. Des OBNL utilisent le webinaire pour dynamiser leurs échanges. En matière de prévention et repérage, des OBNL mobilisent le réseau de la santé et des services sociaux (ex. : cliniques de vaccination) et des personnes-ressources de la communauté (ex. : coiffeurs, pharmaciens, etc.) pour rejoindre les PA isolées. En intervention, les OBNL mettent en place des pratiques pour favoriser l’anonymat des PA qui utilisent les services pour favoriser la demande d’aide. Certains OBNL ont des antennes de service en région.

Référence à consulter


Alliance en faveur de l'amélioration des conditions de vie des aînés

Micheline Anctil, Table régionale de concertation des aînés de la Côte-Nord; Jude Brousseau, Table régionale de concertation des aînés de la Côte-Nord

Conscients que le vieillissement de la population et des Nord-Côtiers aura des effets sur le développement économique et celui des communautés, en 2012, les partenaires de la Table régionale de concertation des aînés de la Côte-Nord (TRCACN) qu'étaient la Conférence régionale des élus de la Côte-Nord, l'Agence de la santé et des services sociaux (aujourd'hui le CISSS) et le ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire lui ont demandé d'assurer le leadership nécessaire à la concrétisation d’actions et d’initiatives pour améliorer les conditions de vie des aînés.

Ainsi, depuis trois ans, la TRCACN – en étroite collaboration avec les Tables locales de concertation des aînés (que l’on retrouve dans les MRC Haute-Côte-Nord, Manicouagan, Sept-Rivières, Minganie et Golfe-du-Saint-Laurent) – a planifié et mis en place une démarche de mobilisation. Cette stratégie vise à favoriser la création d’une synergie régionale en faveur de l’amélioration des conditions de vie des aînés, exercice qui jusqu’à maintenant a mené à plusieurs résultats concrets, dont la création d’une Alliance en faveur de l’amélioration des conditions de vie des aînés, espace d’échange, de mobilisation et de partage de bons coups.

Or, rassembler des organisations de partout sur la Côte-Nord, s’engager collectivement pour le bien-être des aînés, se donner les moyens de mieux comprendre les réalités des aînés dans toutes les communautés et susciter les actions appropriées, voilà l’approche unique au Québec.

À l’occasion de cet atelier, à travers la démarche en cours sur la Côte-Nord, nous avons tenté de démontrer que la participation sociale des aînés peut se caractériser par l’Agir-ensemble où se développent des compétences de co-construction (projet collectif), d’actions intersectorielles menant à des partenariats et de croisement des savoirs « savants » issus de la recherche-action réalisée et des savoirs « pratiques » issus des actions-terrain.


Continuer à vivre chez soi en milieu rural : besoins, ressources et stratégies mobilisées par des aînés en perte d’autonomie légère et vivant seules

Bernadette Dallaire, Université Laval; Éric Gagnon, Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval (CERSSPL-UL); Véronique Billette, Centre Urbanisation Culture Société, Institut national de la recherche scientifique (INRS); Anne-Marie Séguin, Centre Urbanisation Culture Société, INRS; Andrée Sévigny, Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec; André Tourigny, Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés de l'Université Laval (IVPSA) et Université Laval; Isabelle Van Pevenage, Centre de recherche et d'expertise en gérontologie sociale (CREGÉS) et CIUSSS du Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal; Alexandra Charette, Centre Urbanisation Culture Société, INRS

De quoi les personnes âgées présentant une perte d’autonomie légère et vivant seules en milieu rural ont-elles besoin afin de demeurer dans le milieu où elles désirent vivre? Quelles ressources mobilisent-elles et quelles stratégies mettent-elles en œuvre pour préserver les formes de participation sociale qui leur tiennent à cœur? Cette communication aborde ces questions à travers l’analyse d’une partie des résultats qualitatifs de la recherche Des besoins aux ressources : diversité des milieux et des stratégies déployées par les personnes âgées. Cette recherche reposait notamment sur des groupes de discussion avec des intervenants et des entretiens auprès de personnes âgées. Nous avons interviewé 43 aînés en légère perte d’autonomie, vivant seules avec des faibles revenus au sein de trois territoires différenciés : la région rurale de Charlevoix (14 participantes), un quartier de banlieue de Québec (Duberger-Les Saules, n=15) et un territoire urbain central de Montréal (quartiers Rosemont, La Petite-Patrie et Villeray, n=14). Notre communication se centre sur les résultats provenant du territoire rural de Charlevoix, tout en les contextualisant par rapport à ceux qui ont découlé de l’ensemble des collectes. Elle fait ainsi ressortir quatre grands axes concernant les besoins, les ressources et les stratégies de ces aînés en matière de participation sociale.

1. Les lieux de vie, l’identité et les liens sociaux

En contexte rural, le lieu n’est pas qu’un « endroit » : il marque une histoire individuelle, familiale et communautaire. Le lieu de vie est le point d’ancrage de l’identité, de la biographie et des liens sociaux qui marquent l’existence. À ce titre, on souligne l’importance des liens d’attachement au réseau social immédiat (famille, amis/proches, voisins, etc.). Mais on exprime aussi des préoccupations en ce qui a trait à l’avenir : (a) ce qu’il faut pour rester dans le domicile et dans la communauté (en particulier l’aspect financier et la santé physique); (b) anticiper le moment où l’on devra se relocaliser : Rester jusqu’à quand? Quand partir, et dans quelles conditions? (c) dans certains cas, devoir quitter un milieu social où l’on a pris racines.

2. Le lieu de vie comme réseau de sociabilité et de soutien

Le lieu de vie est un milieu de sociabilité. Il est constitué par les réseaux sociaux dans lesquels l’individu est impliqué; ces réseaux sont composés de personnes dont les rôles et fonctions varient. Différentes dimensions de la sociabilité sont ainsi mises en lumière : (a) la sociabilité comme accès aux ressources et soutiens de toutes sortes (instrumentaux, affectifs, informationnels, de reconnaissance); (b) la sociabilité comme réciprocité, c.-à-d. les réseaux d’échanges (de services, de biens, de soutiens divers) dans lesquels la personne reçoit et rend, mais aussi donne à un tiers; (c) la sociabilité comme partage, c.-à-d. être avec les autres, les côtoyer, mais aussi réaliser diverses activités avec eux.

Parmi les aînées charlevoisiennes rencontrées, certaines ont un réseau social diversifié, donc composé de personnes provenant de différents horizons (famille + amis + voisins + professionnels, etc.), dont les rôles et fonctions varient. D’autres ont, au contraire, des réseaux concentrés (par ex., centrés sur la famille, ou encore sur les professionnels de la santé et des services sociaux). Dans les cas où le réseau est concentré, celui-ci peut être fortement mobilisé. Le réseau de l’aînée peut aussi parfois être fragile : sujet aux déménagements, maladies, décès, réaffectations, etc. des personnes impliquées.

3. Les ressources publiques, communautaires et privées qui permettent de continuer à participer aux réseaux et à sa communauté

  • Services de santé (les différents points de service du CLSC, les deux hôpitaux de la région, les cliniques médicales, etc.).
  • Organismes communautaires (les popotes roulantes, les services d’accompagnement-transport, notamment).
  • Entreprises d’économie sociale (pour l’entretien ménager, en particulier).
  • Entreprises privées : les commerces de proximité (alimentation, pharmacies, etc.) et les fournisseurs de services (par ex. : rénovation ou réparations dans le domicile, entretien des propriétés, déneigement). À propos des commerces de proximité liés à l’alimentation, on déplore la fermeture de dépanneurs ou de petites épiceries dans certains villages, ce qui pose le problème de l’accès à des produits de qualité, suffisants pour préserver la santé et à bon prix (cf. la question des distances et des coûts décrite plus haut).
  • Organismes de loisirs, de bénévolat et autres opportunités d’implication sociale : leur rôle est important, mais toujours tributaire de la capacité et de la volonté des membres des communautés d’y participer et de les garder dynamiques. En parallèle, les églises/paroisses, comme espaces physiques et sociaux, sont fragilisées : dans certains villages, l’église est désormais fermée, ce qui est difficilement vécu par certains aînés, qui perdent en même temps un lieu d’appartenance et de soutien social.

4. Les déplacements : un enjeu qui concerne tous les domaines de besoins et de participation

La question des distances est cruciale dans les territoires ruraux tels Charlevoix. La question des coûts l’est également : les déplacements sont plus dispendieux qu’ailleurs en raison des distances. Cela constitue un problème majeur pour les aînés pauvres ou ayant des revenus suffisants, mais modestes : dans les deux cas, il y a peu de marge de manoeuvre pour les « extras » liés aux déplacements (ni pour d’autres dépenses imprévues). Mais que l’on soit pauvre ou non, le transport (surtout pour les rendez-vous médicaux) est une source de stress important pour des aînés (coûts, distance, temps).

Ce volet des résultats montre aussi que la perte du permis de conduire signifie une grande perte d’autonomie pour les aînés vivant dans Charlevoix. Lorsque l’on n’a plus le permis, on doit développer des stratégies compensatoires : recours aux proches, aux amis ou aux autres connaissances pour faire les déplacements en voiture; utilisation d’autres modes de transport (autobus de compagnies privées, navettes intermunicipales publiques, services de transport-accompagnement). Or on remarque de sérieux problèmes à ce niveau. D’abord, certains secteurs de Charlevoix sont très mal ou non desservis par le transport en commun intermunicipal (coordonné par la MRC). Ensuite, les services de transport-accompagnement : ne sont pas toujours accessibles ou disponibles; de plus, certains aînés manquent d’informations à leur sujet.

Nous concluons en énonçant une série de recommandations portant sur des dimensions que nous jugeons cruciales :

Participation sociale

  • Soutenir la participation des aînés dans divers organismes, initiatives et activités pour mieux reconnaître leur apport et leurs compétences dans leur communauté et réduire leur sentiment de dépendance.
  • Appuyer toutes les initiatives qui visent le maintien, l’élargissement et la diversification des réseaux de soutien, d’échanges et de socialisation des personnes âgées, pour favoriser de bonnes conditions de vie des aînés chez eux, dans leur milieu.

Des besoins aux ressources

  • Acquérir une meilleure connaissance des besoins des aînés tels qu’ils les définissent, pour un meilleur arrimage entre les besoins tels que vécus par les aînés et les services/ressources offerts.

Transport et mobilité

  • Développer et renforcer des initiatives de transport en commun inter-municipal sécuritaires, accessibles et adaptées aux personnes âgées.
  • S’assurer d’un aménagement conséquent avec la présence de personnes âgées à mobilité réduite (par ex. entretien des rues et des trottoirs en hiver).
  • Mieux financer et augmenter l’offre de services de transport-accompagnement, qui deviennent essentiels dans certains milieux ruraux.

Accès au logement

  • Encourager la construction et varier l’offre (prix, localisation, niveaux de services) de logements adaptés aux personnes âgées en milieux ruraux.

Accès à l’information

  • Organiser l’information de manière plus complète, disponible et accessible quant aux ressources (communautaires, publiques et privées) surtout dans les domaines des soins et de la santé, de l’aide à l’entretien ménager et résidentiel et de l’habitation.

Référence à consulter

  • Séguin, A.-M., Gagnon, E., Dallaire, B., Van Pevenage, I., Tourigny, A., Sévigny, A., Apparicio, P. (2017). Des besoins aux ressources : diversité des milieux et des stratégies déployées par les personnes âgées. Rapport de recherche présenté au Fonds de recherche du Québec - Santé (FRQS), au Fonds de recherche du Québec - Société et culture (FRQSC) et au Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FRQNT) dans le cadre de l’Action concertée sur le vieillissement de la population au Québec et ses enjeux socioéconomiques et de santé. 

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