Programmes, interventions et outils visant à favoriser la participation sociale

Présentations

Résumé des présentations

Antidote VIT : une expérience de participation sociale basée sur le vécu des aîné.e.s

Nikole Dubois; Thérèse McComber, Centre communautaire bénévole Matawinie; Martine Comtois, Centre d'action bénévole Émilie-Gamelin; Sylvie Trottier

Ce résumé comprend deux parties. La première porte sur la description du programme Antidote-VIT et, la deuxième, sur son application dans la communauté de Chertsey.

Programme Antidote-VIT

Description et origines du programme

Antidote-VIT est un lieu d'expression, d'échange, de réflexion, d'action et même de sens entre aîné.e.s. Antidote-VIT propose une démarche souple, axée sur le vécu, sous forme de bulles de partage ajustées au rythme de chaque groupe. Il vise à transformer la représentation sociale du vieillissement, à donner une voix aux aîné.e.s, à les accompagner dans les multiples transitions de vie (défi : rester gagnant malgré les pertes) et à reconnaître leur contribution sociale. Il s’agit d’un processus où le vécu est reconnu comme expertise et sert de matière première, d’une façon de faire où se raconter mobilise le potentiel. En effet, selon les aîné.e.s, se dire aux autres et être écoutés, c'est se sentir important.

Antidote-VIT n'est pas tombé du ciel, il est ancré dans deux territoires soit la Matawinie et le Témiscouata à partir de l'expression de besoins des aîné.e.s. Il a été mis en place et expérimenté par deux femmes vieillissantes elles-mêmes (les deux auteures de ce résumé). Il repose sur les constats suivants, qui ont été exprimés par des aîné.e.s :

  • Dans notre société, le vieillissement est mal vu, on ne nous voit pas ou on nous traite de slows ou de fardeaux.
  • On décide à notre place : « Tu devrais faire ça... rendu à ton âge. » Nous autres, on sait ce que l'on veut, demandez-le-nous et écoutez-nous!
  • On n'est pas fini, parce qu'on vieillit. On reste ce qu'on a été.
  • On ne veut pas être placés.
  • Ce n'est pas drôle la retraite, on n'est plus personne!

Il existe des ressources pour notre corps – des soins, des mesures de sécurité, des habitudes de vie –, mais qui s'occupe de notre cœur (de nos tracas) et de notre âme (finitude et quête de sens)?

Il fallait un antidote au vieillissement, vu comme un fardeau – flop, déclin, prise en charge – et exigeant de demeurer jeune et performant à tout prix. L'expression revenue le plus souvent en cours d'expérimentation – « Vis intensément tout de suite » – a donné le nom au programme.

Le vécu comme expertise

Il faut faire l'apprentissage du vécu des aîné.e.s. Ce vécu fait partie intégrante de leur participation sociale. Aujourd'hui, le phénomène du vieillissement questionne l'ensemble de l'organisation sociale et représente une force insoupçonnée grandissante, avec une portée structurante.

Travailler avec le vécu des aîné.e.s commence par leur donner la parole. C'est aussi prendre le temps de s'arrêter avec eux sur le processus de vieillissement avec les multiples transitions et les valeurs du cœur qui y sont associées. C'est mettre de l'avant une vision que nous véhiculons avec le slogan : « Vieillir vivant! Debout jusqu'au bout! » Les mots vieux, vieille, vieillard, vieillesse, vieillissement, vieillir ne commencent-ils pas par vie?

Cette vision doit considérer la personne aînée comme un individu, humain et citoyen, toujours en développement devant un nouveau statut, de même qu’en quête d'une nouvelle identité ou façon d'exercer son pouvoir. Pour nous, il s’agit d’une nouvelle notion d'autonomie. Même en contexte de dépendance, un individu a droit d’être défini autrement que par la perte ou une étiquette, un objet de soins, un objet qu'on place, un client, un numéro ou une série de chiffres à surveiller pour mesurer les facteurs de risques. Les gens âgés sont des acteurs sociaux, dont le vécu permet de structurer autrement toute la société. Être perçu comme un citoyen et non exclusivement un bénéficiaire de services, cela peut tout changer.

Et si on appréciait les aîné.e.s au-delà de la prise en charge et de la super-protection? Et si on voyait les aîné.e.s comme des individus ayant un nom, un relationnel, un environnement, en interaction, avec plus d'être que d'avoir, qui avance vers la finitude et entame le noble processus de détachement, de dépouillement. Nous parlons du strip-tease de nos vieux jours, question d'initier un vocabulaire mobilisateur.

Travailler avec le vécu, c'est aussi mettre de l'avant une vision du vieillissement : un vieillissement qui concerne tout le monde. Le vieillissement, ce n’est pas une maladie, ni un problème, ni une erreur de la nature, ni un accident, ni une catastrophe. C'est une expérience qui fait partie de la vie, un processus humain, naturel, normal; un privilège que plusieurs ne connaîtront pas. C'est un phénomène nouveau avec des générations d'aîné.e.s et de multiples façons de vieillir. Le vieillissement ne représente pas juste des pertes, c'est aussi tout un potentiel, une mémoire vivante, un incontournable dans le tissu social, un autre rythme.

D’ailleurs, un autre rythme se retrouve au cœur d'Antidote-VIT par la valorisation des valeurs tierces – lenteur, temps, fragilité, vulnérabilité, frugalité, plaisir de la rencontre, disponibilité –, que nous appelons des valeurs du cœur. Ces valeurs, socialement reléguées au troisième rang, auraient bien besoin d'être reconnues. Elles jouent un rôle structurant pour équilibrer, faire du bien à une société stressée où les parents sont pressés, débordés, surmenés, et où les enfants souffrent d'anxiété de performance.

La société est axée sur des valeurs de performance, vitesse et consommation (PVC), que nous nous plaisons à appeler des valeurs de plastic. Il s’agit d’une société qui prône un vieillissement performant. Nous devons nous battre pour le droit de ralentir, de vieillir et de mourir. On nous impose le faire et l’agitation. Être actif à tout prix et bien vieillir. Ici, la participation sociale à revisiter prend tout son sens. « Comme c'est bon d'entendre dire que la vitesse a besoin de la lenteur », s’est exprimée une dame de 87 ans. De toute façon, n'est-ce pas quand on prend son temps que ça va le plus vite?

À travers Antidote-VIT, les aîné.e.s découvrent l'impact social de leur propre vécu. Ce dernier devient un lieu de prise de parole, de prise de conscience, d'attitudes nouvelles et d'actions qui changent les choses. Au quotidien et à leur rythme, les aîné.e.s participent à la vie citoyenne directement ou indirectement. Leur expérience devient un modèle. Le vécu des aîné.e.s sert de base à leur contribution sociale, tant par sa dimension humaine que citoyenne. Ainsi se crée une culture du vieillissement qui prend appui sur ce que vivent les aîné.e.s.

Pédagogie et approche

Antidote-VIT préconise :

  • Une approche globale incluant une perspective sociale;
  • Une approche participative se rapprochant de l'oralité (raconter), faisant ainsi appel à la compétence et au potentiel versus à l'intellect;
  • Un dialogue versus un discours;
  • Un recours au vécu, reconnu comme une expertise;
  • Un accompagnement de l'expérience, à partir de questions-clés, et une vision de la personne aînée et du vieillissement;
  • Une reconnaissance des valeurs tierces;
  • Un rythme adapté à chaque groupe;
  • Des rencontres courtes, fixes, à contenu ouvert, souple, varié, ludique (intérêts versus devoir);
  • Un vocabulaire mobilisateur.

Lieux d’expérimentation

Antidote-VIT peut être expérimenté dans les milieux de vie, les communautés et les organismes d'aîné.e.s.

Durée

La durée est variable et adaptée à chaque groupe.

Déroulement

À partir de différents moyens déclencheurs adaptés à l'univers culturel du groupe, des situations de vie émergent. Par la suite, des questions-clés guident l'évolution du groupe :

  • des questions pour jongler… échanger pour globaliser;
  • des questions pour bouger… supporter le passage à l'action;
  • des questions pour défier un changement... accompagner les transitions, incluant une lutte émotionnelle et une quête de sens.

L'approfondissement de chaque situation donne naissance à de nouvelles situations qui feront l'objet du processus à leur tour et ainsi de suite. Le retour régulier sur le processus vécu permet de « se voir aller ».Travailler avec le vécu des aîné.e.s est intarissable.

Rôle de la personne animatrice

La personne animatrice joue un rôle de guide, d'accompagnement de l'expérience tout en portant la vision. Elle est invitée à référer à son propre vécu pour devenir partie prenante du processus elle aussi. Elle accueille les différents niveaux de conscience pour cheminer avec.  Une place est faite à l'autodérision afin de faire fuir l'âgisme. L'humour serait un mécanisme d'équilibre humain et d'adaptation. Il donne des permissions, dédramatise et diminue l'angoisse.

Conclusion

Le vieillissement est un phénomène jeune qui a de l'avenir. Il importe de participer à créer une culture du vieillissement. Et si le vieillissement n'était pas un flop? L'âgisme n'aurait qu'à bien se tenir?

Application du programme Antidote-VIT dans la communauté de Chertsey

En 2016, le Centre d’action bénévole communautaire Matawinie obtient un financement de deux ans du programme Québec Ami des Aînés du ministère de la Famille et des Aînés du Québec. Le but du projet était d’engager une personne animatrice afin d’ouvrir une salle multifonctionnelle pour les personnes aînées. Quatre activités principales s’y déroulaient : cercles de paroles Antidote VIT, ateliers de cuisine et d’informatique et cinémas-causeries.

L’approche du cercle de paroles suivait les cinq temps du programme Antidote VIT. À partir d’images, de textes, de musique, les personnes aînées étaient amenées à parler de leur vécu (ex. :  dis-moi ce qui te passe dans ton cœur, ton âme, ton corps, ta tête?), selon le passage de la vie qu’elles racontaient.

Comme les personnes aînées étaient appelées à développer leur capacité d’écoute, les autres personnes présentes faisaient des liens avec leur propre vécu, ce qui les amenait à se raconter aussi. Souvent les échanges devenaient collectifs. Le vécu d’une personne et ses « tracas » touchaient d’autres personnes du groupe qui avaient vécu des situations similaires. Si la personne qui animait la rencontre réalisait que ce « tracas » était collectif, la question suivante était posée : « Que peut-on faire ensemble pour agir sur notre milieu de vie? ». De la réflexion collective, on passait à l’action.

Le premier tracas qui est ressorti du Cercle de paroles est la peur viscérale qu’ont les personnes aînées de terminer leurs jours en CHSLD. À la question « Que pouvons-nous faire dans notre milieu de vie? », la réponse a été « Faisons de Chertsey un milieu de vie où il sera possible de finir nos jours ». Une série d’actions s’en sont suivies. La première a été de faire le portrait de la situation : où sont les résidences, où sont les CHSLD, quels sont les organismes qui travaillent avec les personnes aînées, quels services offrent-ils? Chaque personne du groupe avait une mission et un sujet à approfondir dans cette recherche. Les personnes aînées du groupe ont alors réalisé que la municipalité n’avait toujours pas de premiers répondants, et ce, malgré que cela faisait partie du programme MADA de la municipalité. Ils ont contacté l’AQDR qui a entrepris de faire signer une pétition lors du Salon des aînés de Chertsey. D’autres personnes aînées du groupe ont assisté à une rencontre du Comité des usagers du CISSS de Lanaudière (CISSSL) et ont expliqué leurs tracas devant le directeur général et les hauts gradés du CISSSL. Par la suite, une des participantes a fait une présentation au reste du groupe sur la politique MADA de la municipalité. Des démarches ont été entreprises pour réaliser un village de personnes aînées à l’intérieur de la municipalité. En ce sens, des personnes aînées ont organisé une visite à Mirabel où se déroulait un projet similaire.

Un des éléments déclencheurs d’actions a été la présentation du film Demain lors d’un cinéma-causerie. Près de 30 personnes aînées ont joint les JardinierEs solidaires de Chertsey. Des jardins sont en développement à trois endroits à Chertsey : près des locaux de la municipalité, autour du Centre communautaire bénévole Matawinie et autour des locaux du Groupe des Montagnards de Chertsey œuvrant pour la sécurité alimentaire.

Un effet direct de ces actions est qu’un comité s’est formé en 2008 autour d’une concertation agroalimentaire afin de faire de Chertsey une municipalité nourricière. Les personnes aînées du cercle de paroles en sont les leaders.

Par ailleurs, Chertsey n’a toujours pas de premiers répondants. Les citoyens et citoyennes en sont toutefois conscients.

Pour plus d’informations, contactez

Nikole Dubois
Témiscouata
nikoledubois@bell.net

Thérèse McComber
Coordonnatrice des services communautaires
Centre communautaire bénévole Matawinie


Intervention program to promote active aging through participation in older adults in Guadalajara, Jalisco, Mexico

Jorge Carlos Regla-Villanueva, University of Guadalajara, CUCS; Neyda Mendoza-Ruvalcaba, University of Guadalajara, CUTonalá; Elva Arias-Merino, University of Guadalajara, CUCS

The participation of older adults has positive benefits in health, means engagement in any social, civic, recreational, cultural, intellectual or spiritual pursuit that brings a sense of meaning, fulfilment and belonging, which enhances the quality of life as people age, fostering the active aging. In contrast, social exclusion is one of the main threats to the quality of life of older adults, the risks of falling into areas of vulnerability are generalized, with psychological, social, political, economic, and cultural implications.

This study presents an intervention proposal, the objective is to promote active aging through the promotion of participation in adults over 60 in the city of Guadalajara, Jalisco, Mexico. The intervention program is part of a thesis project of the Master of Gerontology at the University of Guadalajara, Mexico.

The design of the intervention program is based on a psychosocial theoretical framework, as well as on the model of active aging of the WHO where participation constitutes a fundamental component. The indicators of social participation proposed by the Institute for the Elderly and Social Security (IMSERSO, Spain) are taken into account, including the areas of political, employment, social participation, education, media and leisure and free time activities. The advances on its application in a RCT will be presented.

This proposal is unique in our context, as a developing country population aging is accelerated and the challenges involve designing and implementing strategies to counteract social exclusion and encourage the participation and integration of members of all ages of our society.


Rejoindre, comprendre et accompagner les personnes aînées isolées socialement : quand une recherche-action conduit à une trousse d’outils et une formation

Myriam Côté, FADOQ – Régions de Québec et Chaudière-Appalaches (FADOQ-RQCA); Lise Cardinal, Direction de santé publique, CIUSSS de la Capitale-Nationale; Marie-Claude Letellier, Direction de santé publique, CIUSSS de la Capitale-Nationale; Judith Rose-Maltais, Direction de santé publique, CIUSSS de la Capitale-Nationale

La FADOQ – RQCA et ses collaborateurs ont élaboré la Trousse Rejoindre, comprendre et accompagner les personnes aînées isolées socialement. La présentation vise à décrire sommairement la démarche de recherche-action qui a mené à la conception de la trousse et à présenter ses neuf outils. En outre, l’objectif principal de l’exposé est de soumettre aux participants le questionnement éthique soulevé par l’expérimentation d’une stratégie d’intervention auprès d’aînés isolés.

La démarche de la recherche-action Rejoindre, comprendre et accompagner les personnes aînées isolées socialement

Une recherche-action a été menée pour répondre à certaines interrogations concernant l’isolement social chez les aînés. Qu’est-ce que l’isolement social? Comment peut-on le reconnaître? Est-ce un phénomène important? Comment entrer en contact avec eux? Quels sont leurs besoins? Y a-t-il quelque chose à faire pour briser l’isolement des aînés? Etc. L’équipe de recherche a procédé à une première étape qui consistait à trouver des réponses à ces questions dans les écrits scientifiques. En prenant appui sur ceux-ci, la recherche-action comportait une deuxième étape d’intervention pour : 1) repérer des personnes aînées isolées (une quinzaine d’aînés isolés a été rejointe) en milieux rural et urbain; 2) comprendre leur situation d’isolement; 3) les accompagner vers les ressources et les services qui pouvaient le mieux répondre à leurs besoins. Tout au long de la recherche-action, des collaborations ont été établies aux plans local et régional pour assurer son bon déroulement. Le rapport de la recherche-action est disponible à l’adresse suivante : https://www.fadoq.ca/quebec-et-chaudiere-appalaches/ressources/sante-et-bien-etre/rejoindre-comprendre-et-accompagner-les-personnes-ainees-isolees-socialement

La trousse Rejoindre, comprendre et accompagner les personnes aînées isolées socialement

La trousse comprend neuf outils qui regroupent les principaux constats issus tant de la recension des écrits scientifiques que de l’intervention. Elle s’adresse aux gestionnaires et intervenants (bénévoles et rémunérés), des organisations des réseaux institutionnels, communautaires ou privés qui agissent spécifiquement auprès d’aînés isolés ou qui ont une mission générale à l’égard des aînés. La trousse est disponible à l’adresse suivante : www.fadoq-quebec.qc.ca/trousseisolement.

Les questionnements éthiques soulevés par la recherche-action Rejoindre, comprendre et accompagner les personnes aînées isolées socialement

L’éthique s’est rapidement invitée pendant les travaux de la recherche-action et émane de plusieurs sources : comité d’éthique de la recherche, écrits scientifiques, questionnements des collaborateurs et de l’intervenante terrain associés au projet. La question éthique fait donc spécifiquement l’objet de l’Outil 8: Valeurs et principes éthiques, qui est apparu indispensable. Les travaux ont permis de mettre en évidence des questionnements éthiques, et ce, à toutes les étapes de l’intervention. Comment s’assurer de ne pas contribuer à ce que l’aîné ait une image négative de lui-même, de ne pas lui « créer » un problème qu’il ne percevait pas et éviter de l’accabler? Comment faire intervenir notre perception et nos valeurs face à la situation d’un aîné, sans juger, sachant que les perceptions peuvent être différentes d’une personne à l’autre, de celles de l’aîné lui-même? Comment aborder un aîné sur un sujet aussi délicat, sans craindre de le stigmatiser, de lui créer de l’anxiété? Comment faire en sorte qu’on ne porte pas atteinte à son estime de lui-même, à sa dignité? Comment composer avec la méfiance de l’aîné qui peut au demeurant être tout à fait justifiée? Comment proposer de l’aide à quelqu’un qui n’a rien demandé? Comment l’aider, s’il refuse l’aide offerte, notamment si sa santé et sa sécurité sont menacées? Etc. Ainsi, intervenir auprès d’aînés isolés amène à vivre parfois des situations complexes. Certaines peuvent soulever de l’inconfort, un malaise, de l’ambivalence du fait que nos valeurs et principes s’entrechoquent. Il y a alors possibilité de dilemme éthique.

L’outil 8 présente quelques concepts et définitions qui permettent d’articuler une réflexion éthique. Les valeurs représentent ce qui inspire, ce qui donne un sens au travail. Elles guident toutes les actions et elles représentent en quelque sorte les finalités de celles-ci. Les valeurs retenues dans la trousse sont : la promotion du bien-être des aînés, la solidarité et la dignité. Les principes quant à eux aident à départager, dans une situation donnée, ce qui est juste de ce qui ne l’est pas pour l’aîné, à décider de l’attitude à adopter face à la personne, des actions à entreprendre, de même que celles à éviter. Ils servent à guider le jugement et l’évaluation d’une situation donnée. Les principes en jeu doivent être identifiés et soupesés. Dans le contexte précis des interventions qui visent à Rejoindre, comprendre et accompagner les personnes aînées isolées, les principes qui sont apparus les plus pertinents sont : la bienfaisance (on veut faire bien, on souhaite le bien à la personne), l’autonomie (la personne a la capacité de faire ses propres choix), la non-malfaisance (on ne souhaite pas nuire, faire du tort à la personne) et le respect (on considère l’intégrité, les croyances, les valeurs, le rythme et les modes de vie, ainsi que la vie privée de la personne). L’outil 8 de la trousse propose une justification pour chacun de ces principes et propose des exemples de situations à promouvoir ou à éviter. De plus, on y avance qu’il est primordial de pouvoir être soutenu lorsqu’un dilemme éthique se présente dans le contexte d’une intervention, qu’elle soit réalisée par un intervenant rémunéré ou par un bénévole. Les personnes qui œuvrent auprès des aînés isolés ne doivent pas s’isoler à leur tour avec un questionnement qui peut les amener dans une certaine tourmente. Elles doivent pouvoir compter sur des mécanismes et des lieux d’échange, au sein de leur organisation, pour réfléchir et se positionner face aux situations qui, à leurs yeux, le demandent. Face à un dilemme éthique, les sentiments mitigés et le besoin de validation sont absolument légitimes.

Pour plus d'informations, contactez

Myriam Côté, FADOQ-RQCA
418 650-3552, poste 222
mcote@fadoq-quebec.qc.ca


Le parcours FAR : fidéliser, accueillir et recruter des bénévoles

Andrée Sévigny, Centre d’excellence sur le vieillissement de Québec; Mireille Fortier; Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés de l’Université Laval; Héloïse Baril-Nadeau, Université Laval

Une recherche-action, menée par des partenaires du milieu de la recherche, de Centres d'action bénévole et d’intervenants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS-CN), avait pour but de développer des stratégies – fondées sur des données et des savoirs issus des pratiques – au regard du recrutement, de l’accueil et de la fidélisation des bénévoles œuvrant dans des organismes communautaires (Fradet et al., 2014).

Afin de transmettre les résultats de cette étude, un outil (Parcours FAR) a été élaboré. Il a pour but de soutenir les organismes bénévoles dans leurs efforts de (F)idélisation, d'(A)ccueil et de (R)ecrutement des bénévoles (Sévigny et al., 2018a). Le parcours FAR se divise en quatre étapes : 1) des informations générales sur le bénévolat, afin d’approfondir le contexte dans lequel il s’actualise et de mieux cerner les défis à relever; 2) une grille permettant aux organismes de procéder à un autodiagnostic de leur situation et à mieux cerner leurs difficultés spécifiques; 3) la réalisation d'un atelier De la réflexion à l’action afin de solutionner ces difficultés; 4) un partage de plusieurs autres outils qui peuvent aider à réaliser les actions mises de l’avant par les organismes bénévoles.

Pour faciliter le transfert et l’appropriation du parcours FAR, les trois modalités suivantes ont été utilisées : des rencontres d’informations afin de le faire connaître, l’animation d’ateliers (étape 3) et des formations d’animateurs/animatrices afin d’assurer la continuité du Parcours FAR.

Précisons que l'atelier (étape 3) du Parcours FAR se décline en huit phases, réalisées par les participants de l’organisme (bénévole, direction et employés), qui sont les suivantes :

  1. Identifier un problème majeur, en matière de fidélisation, d’accueil et de recrutement des bénévoles, auquel fait face l’organisation;  
  2. Identifier les principales difficultés rencontrées, en lien avec le problème identifié;
  3. Choisir la difficulté jugée la plus importante à régler;
  4. Préciser les résultats attendus, si cette difficulté était résolue;
  5. Identifier les actions possibles pour atteindre ces résultats attendus;
  6. Retenir une ou deux actions à réaliser à la suite de l’atelier;
  7. Identifier des ressources clés nécessaires à la réalisation de ces actions;
  8. Répartir des tâches pour réaliser l’action.

Une évaluation des 26 ateliers – réalisés d’octobre 2016 à septembre 2018, auprès des participants – montre que les gains sont à la fois d’ordre organisationnel et individuel. Par exemple, l’un d’eux déclare que le Parcours FAR « donne une méthode de travail structurée et organisée avec une finalité », « notre rencontre nous amène à faire un bilan et découvrir de nouvelles possibilités. », « Soutenant pour moi comme directrice. J’ai l’impression d'avoir une équipe avec moi. ». L’atelier permet aussi de confirmer des décisions déjà prises ou des réflexions déjà amorcées : « Cadre bien avec la réalisation de notre plan stratégique » (Sévigny et al., 2018b).

D’autres observations montrent l’existence de retombées plus personnelles comme le soulignent les extraits suivants : « J'ai découvert la nécessité de la réflexion sur le bénévolat » et « Je trouve que, parfois, je décide trop vite et, là, j'ai pu mettre un temps de réflexion général ».  

Certains facteurs ont facilité ou freiné la réalisation des ateliers. D’abord, très tôt dans la démarche, l’équipe de travail a instauré une rencontre préparatoire à l’atelier. Un des objectifs de cette rencontre était de s’assurer que les bonnes personnes soient invitées à l’atelier. Dans quelques cas, la mise en place de comités ou de groupes de travail a permis non seulement d’organiser et d’évaluer l’atelier, mais aussi d’assurer un suivi dans la mise en place des actions choisies durant l’atelier. L’intégration des actions choisies lors des ateliers dans la planification stratégique des organismes est aussi un élément déterminant pour en assurer la continuité.

Par contre, le manque de temps des employés des organismes et le manque de moyens pour mettre en œuvre l’action choisie à la suite des ateliers sont mentionnés comme ayant freiné la réalisation des actions. Les changements dans la structure des organisations n’ont pas facilité l’exécution des ateliers et la possibilité de choisir des actions qui seront réalisables à court terme.

La réception très positive de cet outil par les organismes et les personnes participant aux ateliers est, en soi, fort prometteuse pour en assurer la continuité une fois que le projet financé par le Fonds des services aux collectivités sera terminé. Toutefois, les formations ont joué un rôle majeur à cet effet. Non seulement elles ont permis de former des animateurs et animatrices d’ateliers, mais elles ont aussi été une occasion de concertation régionale fort appréciée.

Enfin, mentionnons que ce projet de transfert des connaissances a mis en lumière le défi de pérenniser des actions ou des services lorsque les ressources sont variées et variables, dans le contexte organisationnel complexe des organismes communautaires. Les ressources financières limitées, de même que les pressions subies par les organismes bénévoles, ne facilitent pas l’appropriation des connaissances. Il ne s’agit pas seulement de recevoir une formation afin d’être habilité à utiliser un outil, mais aussi de pouvoir le diffuser et l’intégrer au panier de services de l’organisme.

Il nous apparaît important aussi de revoir le rapport au temps dans nos organisations. Alors que l’utilisation réelle des connaissances est bien souvent freinée par un sentiment d’urgence et un besoin de régler les problèmes quotidiens, le temps mis au service d’une démarche comme celle proposée par le Parcours FAR permet de relever des défis qui, au bout du compte, permettra de sauver ce temps si précieux. Le défi ne réside donc pas seulement dans le fait de transmettre un outil, mais de développer un nouveau rapport au temps.

Ce projet de transfert des connaissances aura permis de faire connaître cet outil et de vivre des ateliers dans plusieurs organismes au Québec. Ces ateliers De la réflexion à l’action permettent de réfléchir à des questions concernant le recrutement, l’accueil et la fidélisation des bénévoles. Au-delà de ce but premier, ces rencontres permettent à des membres d’organismes, bénévoles et employés, de se parler et de réfléchir ensemble. Cet exercice de co-construction d’une problématique, de difficultés, d’action à réaliser et de moyens à mettre en place pour atteindre des résultats permet de réfléchir sur le bénévolat, en général, et sur des actions particulières à mettre en place dans l’organisme.

Références à consulter


Des espaces de discussion intergénérationnelle : pour mieux se connaître et se reconnaître

Julie Fortier, Université du Québec à Trois-Rivières

Les occasions d’échanges intergénérationnels répondent aux besoins de plusieurs générations (Ayala & al., 2007). Par ailleurs, au fondement de ces liens se trouve la volonté d’entrer en relation avec l’autre génération. Il y a plus qu’une interaction avec l’autre, il y a une intégration de l’autre (Vanderven, 2011). France Bénévolat (2010) rejoint Lüscher (2011) en précisant que chacun des participants à la relation intergénérationnelle est créateur de liens sociaux et constructeur d’identité. Centrée notamment sur les liens sociaux, l’action bénévole peut certes s’avérer une occasion d’encourager et de favoriser les liens intergénérationnels.

Cette communication a pour objectif de présenter l’organisation et les résultats de quatre journées d’échange réunissant en un même lieu jeunes et aînés invités à discuter de relations intergénérationnelles dans le cadre d’actions bénévoles.

Entre novembre 2013 et octobre 2014, nous avons effectué 19 groupes de discussion auprès de 6 à 8 participants à travers dix régions du Québec, ce qui représente 61 jeunes (16-25 ans) et 76 aînés (50 ans et plus). Pour faire écho aux résultats de ces groupes, quatre journées d’échange ont été organisées entre septembre 2015 et février 2016 dans quatre villes du Québec (Trois-Rivières, Laval, Jonquière, Ste-Hyacinthe).

Ces journées, orientées vers l’interaction et le plaisir de discuter par le biais de diverses activités, regroupaient à chaque occasion entre 30 et 50 participants avec une représentation égale pour chaque groupe d’âge. Ceux-ci étaient rassemblés en équipes composées d’autant de jeunes que d’aînés. Plusieurs suggestions de projets et d’activités intergénérationnelles qui ont émergé sont à la fois réalistes et intéressantes pour les deux générations. Cette formule a également permis d’en connaître davantage sur les motivations de chacun à participer à une action bénévole intergénérationnelle, tout en favorisant une ouverture à l’autre.

Références à consulter

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